Une épicerie, un café, un cinéma… Autant de commerces de proximité que l'on trouvait avant dans chaque village ou à chaque coin de rue.

Ces lieux d'échange sont devenus rares, même là où la campagne se transforme en banlieue. Au point d'apparaître, quand ils sont maintenus ou recréés, comme des actes de résistance. A défaut de pouvoir changer le monde, d'aucuns s'appliquent à préserver de petits mondes différents.

Cet été, Le Temps a déniché quelques-uns de ces lieux de commerce marchand et social et vous raconte leur histoire. (Le Temps)

Lonay. Prise en étau entre Morges et Lausanne, cette petite commune de 2300 âmes abrite une épicerie. Normal. Et pourtant. A l'instar d'un grand nombre de petites localités périurbaines, l'épicerie de Lonay aurait dû disparaître à la fin de l'année dernière, avalée par la concurrence déloyale des centres commerciaux et des stations-service-supermarchés des environs. Son gérant cherchait donc à remettre, espérant que la situation idéale de son commerce, planté au cœur du village, intéresserait un courageux successeur. Qui n'est pas venu. C'est à partir de là que commence la nouvelle histoire de l'épicerie de Lonay.

«Un petit groupe de gens a commencé à déplorer la fermeture», raconte Philippe Perret, enseignant. De fil en aiguille se crée l'idée de reprendre l'épicerie. Et pourquoi pas? «Nous voulions maintenir une vie au centre du village. Avec la poste et le bistro, l'épicerie est un lieu de rencontre», poursuit Philippe Perret. Rapidement, le projet rencontre l'adhésion d'une septantaine de personnes, des enfants du village mais aussi des nouveaux habitants, désormais membres d'une association présidée par Philippe Perret. L'épicerie est sauvée.

Bénévoles au travail

Un groupe de femmes du village s'occupe de toute l'épicerie: commandes, gestion du stock, tournus de vendeurs. Autant de tâches qui demandent un temps précieux et un certain savoir-faire. Pascale Gigon, Rose-Marie Detraz, Frédérique Clerc, Nathalie Epiney et Laurence Derungs sont celles qui font véritablement tourner le petit commerce. Ouvert désormais sept jours sur sept et ne fermant que trois après-midi par semaine, grâce à des dizaines de bénévoles qui se relaient derrière le comptoir. Pour le week-end et les vacances, des étudiants tiennent la boutique et sont rémunérés. Ce sont les seuls.

Le village à l'échoppe

C'est un cas probablement unique dans le canton de Vaud. Un cas d'école. Dans la foulée, c'est tout le village qui s'y met. Pour les rénovations de l'échoppe, le menuisier ou le marchand de stores font des prix, les habitants se succèdent pour donner un coup de main. Seules les autorités communales ne montrent pas une franche participation. Petit regret. Une fois les étagères en place, les produits qui y sont déposés proviennent en très grande partie des artisans de la région. Les vins, le fromage, le pain, les légumes, les glaces de la ferme. Des produits «différents» pour se démarquer des centres commerciaux. Devant la vitrine, parfois décorée par les enfants du village, une mini-terrasse pour boire le café. Sur la table, une tirelire en forme de cochon pour encaisser les consommations.

Derrière la volonté de ces épiciers improvisés de garder leur point de vente ouvert, se cache une pincée d'idéalisme. La volonté de prouver que l'on peut aller à l'encontre d'une certaine logique qui paraissait inéluctable. «Nous participons à une solution; une forme de résistance», reconnaît Philippe Perret. De plus, nous avons le sentiment de participer à une action sociale concrète et pas forcément orientée.» Parti de ce principe, les idées ne manquent pas, vu l'enthousiasme déclenché par le sauvetage de l'épicerie. Et l'association de rêver à étendre son expérience à d'autres domaines: favoriser le covoiturage dans la commune ou encore les gardes d'enfants. Musique d'avenir.

Pour l'instant, il s'agit d'abord de boucler la première année d'exploitation. Et les résultats, avec un chiffre d'affaires qui va osciller entre 300000 et 400000 francs, dépassent les prévisions. «C'est bien, mais cela ne suffirait pas pour faire vivre un épicier», fait remarquer Philippe Perret. Preuve s'il en faut que faire tourner un tel commerce dans une petite localité n'est pas une sinécure. Selon les bénévoles, il y a encore une marge de progression. De nombreux habitants n'ont pas encore changé leurs habitudes de consommation.