C'est un surprenant retournement de situation qui est intervenu à la fin de la semaine dernière à Davos, où Joseph Deiss et Robert Portman sont parvenus à sauver les meubles en décidant d'étudier une alternative à un accord de libre-échange moribond avant même le début des négociations. Compte tenu des habitudes américaines de négociations, on ne donnait pas cher, au lendemain de la séance du Conseil fédéral du 18 janvier, des velléités de Joseph Deiss de sauver ce qui pouvait l'être. Et pourtant, comme le titrait lundi le Berner Zeitung, le ministre de l'Economie donne carrément dans le lyrisme. «Joseph Deiss a réussi un coup diplomatique audacieux», se félicite son parti, qui envoie au passage un coup de pied dans les tibias de Pascal Couchepin, en relevant qu'il? n'est pas admissible que «chaque département fasse sa petite cuisine dans son coin».

Quelle forme prendra cette alternative à un accord de libre-échange écarté dans un avenir prévisible, sans être exclu à long terme? Nul n'en sait trop rien. Le forum annoncé est encore un objet diplomatique non identifié, en rupture avec les traditions américaines. Un accord de libre-échange qui exclurait l'agriculture était réputé impossible. «Il faut se montrer créatif et trouver un précédent», aurait dit Robert Portman. On observe déjà deux écoles, opposant ceux qui considèrent les engagements pris à Davos comme de la poudre aux yeux et ceux qui les prennent au sérieux. Mais personne pour l'heure n'a intérêt à minimiser le succès de Joseph Deiss, que ses collègues avaient d'une certaine façon envoyé au casse-pipe.

Les rapports personnels entretenus de longue date par les deux protagonistes de cette affaire pourraient être un premier élément d'explication. Joseph Deiss et Robert Portman se connaissent bien, ils se croisent trois ou quatre fois par année dans les couloirs de l'OMC, et ils sont en contact très direct par ailleurs. Le délégué américain au Commerce aurait été très déçu par l'échec annoncé des négociations sur un accord de libre-échange et désireux de ne pas gaspiller le temps et l'énergie considérables investis jusqu'ici dans cette approche. Il pourrait également être personnellement aussi soucieux que Joseph Deiss d'éviter un échec. On insiste également, dans les milieux intéressés, sur le fait que les relations sont intenses entre les deux pays, qu'il existe un fort courant de sympathie réciproque et que l'on parle un même langage même si les cultures sont différentes.

Toujours est-il que les choses ont été rondement menées à Davos. Mercredi soir déjà, les représentants du Seco se mettaient à l'ouvrage pour des propositions, qui ont fait l'objet d'un échange entre Joseph Deiss et Robert Portman vendredi dans la soirée. Les programmes des discussions comme les échéances possibles vont être mis à plat dans les semaines à venir. Jospeh Deiss et Robert Portman devraient faire le point d'ici au milieu de l'année.