Autodétermination

Des observateurs fédéraux pour surveiller le vote de Moutier

Sur demande de la commune qui doit choisir son appartenance cantonale le 18 juin, le canton de Berne et la Confédération déploient des mesures exceptionnelles pour garantir la régularité du scrutin

L’information, confirmée par la Ville, circule dans les coulisses à Moutier, cité de 7700 habitants qui décidera, le 18 juin, si elle reste bernoise ou si elle migre dans le canton du Jura. La fille du conseiller d’Etat bernois Pierre Alain Schnegg, garant cantonal de la régularité exemplaire du scrutin, elle-même plusieurs fois candidate sur les listes UDC au Grand Conseil bernois et au Conseil du Jura bernois – où elle aurait pu succéder à son père, mais a renoncé – a déplacé son domicile légal de Champoz à Moutier, chez sa grand-mère maternelle, à fin 2016. En toute légalité.

Mais les autonomistes, y voyant à tout le moins une maladresse, la soupçonnent de vouloir apporter une voix au camp favorable au maintien de Moutier dans le canton de Berne, laissant accroire que des flux d’électeurs opportunistes et temporaires grossiraient le corps électoral de Moutier à la veille d’un scrutin décisif. La nervosité est latente, encore qu’à moins de cinq mois de l’échéance, le climat reste en apparence calme et serein sur place.

Pas de flux suspect d’électeurs

Or, les chiffres disent le contraire, même s’il est possible de déposer ses papiers à Moutier jusqu’au 18 mars pour voter le 18 juin. Foi de maire Marcel Winistoerfer, «nous n’avons rien constaté». Le corps électoral de Moutier en reste à 4600 ayants droit. L’évolution démographique démontre même l’inverse: en 2015, Moutier avait perdu 28 habitants; nouvelle contraction de 30 personnes en 2016, avec un recul de 70 personnes au passeport suisse et donc potentiellement électrices (les étrangers n’ont pas de droits civiques dans le canton de Berne).

Il n’empêche. Sur demande de Moutier, organisatrice du scrutin d’autodétermination, le canton de Berne et la Confédération déploient une batterie inédite en Suisse de mesures «pour assurer le bon déroulement de la votation et renforcer la confiance des citoyens-électeurs», dit le chancelier bernois Christoph Auer. La première consiste à surveiller l’évolution du registre des électeurs, public et consultable sur demande. Et s’il devait y avoir un écart subit de 200 ou 300 nouveaux électeurs d’ici au 18 mars? «Je ne sais pas ce que nous pourrions faire si tout est légal, mais on estime que cette surveillance est une mesure préventive», poursuit le chancelier.

Sept juristes, observateurs fédéraux

La Confédération déploiera sept observateurs, des juristes de l’Office fédéral de la justice qui ne sont domiciliés ni dans le canton de Berne ni dans celui du Jura. Là aussi, la mesure est préventive. Ils seront présents à Moutier durant le scrutin et le dépouillement. Ils sensibiliseront aussi, en amont, les directions d’EMS ou la Poste du traitement adéquat du matériel de vote.

Le vote par correspondance génère la suspicion. Les votes anticipés seront adressés non pas à la ville, comme habituellement, mais à l’Office fédéral de la justice à Berne, ou déposés dans une urne scellée à l’Hôtel de ville de Moutier, accessible seulement de jour. Il n’y aura pas de dépouillement anticipé avant la clôture du scrutin. Des mesures de sécurité sont prévues pour le transport des urnes au bureau de dépouillement.

Potentiel de passion

Et si on en faisait trop, laissant penser que Moutier serait une république bananière, et alors que le vote du Jura et du Jura bernois en novembre 2013 n’avait débouché sur aucune irrégularité? «Il ne faut pas oublier le potentiel de passion d’un scrutin qui s’annonce très serré, affirme Jean-Christophe Geiser, de l’Office fédéral de la justice. C’est le dernier grand enjeu de ce qui fut la Question jurassienne, devenue le conflit jurassien et maintenant le dossier de Moutier.»


A propos du vote d’autodétermination de Moutier:

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