Les anciennes cartes postales rappellent que dès les années vingt la ligne des Rochers de Naye était prisée des skieurs. Les sportifs pouvaient s'arrêter à Perche pour descendre sur Caux et reprendre le train. Ils pouvaient aussi choisir l'autre versant de la montagne, et glisser jusqu'aux Cases, où ils rejoignaient le MOB, qui les ramenait jusqu'à Montreux. «Il y avait des billets combinés pour les deux tracés», se rappelle Henri Müller à Glion.

La peur de la concurrence

A 75 ans, l'ancien directeur de l'école de ski de Montreux-Caux-Naye se souvient de la «formidable nouveauté» représentée par le premier skilift, installé en 1937, mais aussi des «occasions manquées» ensuite. Au milieu des années cinquante, il avait lui-même dressé le plan d'un télésiège partant des Cases et rejoignant le col de Jaman, relayé par des téléskis permettant de remonter jusqu'à Perche. «Les chemins de fer n'en ont pas voulu, ils craignaient que les skilifts ne concurrencent leurs trains.»

Finalement, une seule installation sera bâtie dans la combe. «Lorsqu'on demandait aux cheminots si elle était ouverte, ils répondaient qu'ils l'ignoraient, ils voulaient que les skieurs aillent jusqu'au sommet.» Quant à l'Office du tourisme il n'a jamais vanté la saison d'hiver de Montreux. Jusqu'au milieu des années septante, les hôtels fermaient de fin octobre à Pâques.

Aujourd'hui, le vieux plan d'Henri Müller refait surface. Maître de sport à Montreux, Bernard Chevalley tente de le ranimer en imaginant une rénovation maximaliste (voir infographie) et pas moins de huit remontées aux alentours de Naye: «Le sommet est le premier contrefort des Alpes, l'enneigement y est toujours bon, et les skieurs en ont marre de se heurter aux bouchons routiers du Valais», argumente-t-il. Des atouts qu'il semble bien tard pour faire valoir.