«Je salue leur sens du sacrifice.» Invité mi-novembre par les radicaux neuchâtelois, Léonard Bender avait ironisé sur les chances d'Odile Duvoisin et de Diane Reinhard dans la course au Conseil d'Etat. Pour le vice-président du PRD suisse, les deux candidates constituent la bonne conscience d'un Parti socialiste soucieux de respecter une équité de façade. Rien de plus.

Réductrice à dessein, l'analyse du radical valaisan n'en est pas pour autant dénuée de fondement. Difficile d'imaginer qu'une des deux femmes parvienne le 10 avril prochain à damer le pion au sortant Bernard Soguel et aux parlementaires fédéraux Didier Berberat et Jean Studer. La conseillère aux Etats Gisèle Ory ne s'y est pas trompée: en politologue avertie, elle a jeté l'éponge fin octobre, consciente qu'elle avait plus à perdre qu'à gagner dans l'aventure.

Ambitieuses mais pas naïves, Odile Duvoisin et Diane Reinhard sont conscientes que la partie sera difficile. Pour le PS, bien sûr, mais surtout pour elles. Peu connues dans le canton, «féministes, mais socialistes avant tout», les deux quinquagénaires ne s'avouent pas vaincues pour autant. «Je suis candidate car j'ai la certitude d'avoir une chance d'être élue», assure la seconde.

Des candidates alibis?

Interrogées sur leur étiquette de femmes alibis, leur sang ne fait qu'un tour. «Qu'est-ce qu'un candidat alibi? Nos personnalités sont-elles des alibis? Encore faut-il le démontrer, rétorque Odile Duvoisin. Bien sûr, nos colistiers sont plus populaires. Mais cela n'a rien à voir avec les compétences et les qualités des uns et des autres. Tout cela est très subjectif.» Après un bref silence, elle reprend: «A nous de montrer que nous pouvons être aussi bonnes que les hommes et prouver qu'il y a d'autres personnalités dans le parti que les parlementaires fédéraux.»

Diane Reinhard reconnaît l'importance des trois locomotives masculines. Mais à l'entendre, elles ne suffisent pas: «Il était nécessaire de nous porter candidates: cela fait partie des gènes du PS que de présenter des femmes. Maintenant, il faut que nous nous imposions dans le débat politique, que nous présentions des projets afin de nous faire connaître. Il nous reste encore quelques mois pour cela…»

Pour sortir de l'ombre, les deux socialistes sont fermement décidées à faire valoir leurs sensibilités féminines. Et à se profiler comme «les deux femmes de la liste socialiste». «Ce sera difficile à faire passer», reconnaît Diane Reinhard.

Pour ce faire, toutes deux revendiquent leurs qualités respectives. Diane Reinhard souligne ses aptitudes à la conduite de projets. Professeure de finance et de gestion d'entreprise à la Haute Ecole de gestion de Neuchâtel, elle se profile comme une femme pragmatique et centriste. Elle a adhéré au PSN en 1985, rejoignant son père, membre du syndicat des lithographes. Mais elle a également été influencée par sa mère, coiffeuse indépendante: «Je suis un mélange de ces deux sensibilités.»

Ancienne élue du parlement et de l'exécutif de la commune de Couvet, dans le Val-de-Travers, Diane Reinhard veut promouvoir l'emploi avant de faire du social. Elle se définit comme une «exécutive»: «Je fixe des objectifs. Je veux les atteindre.» Elle fut responsable des finances de la société SID SA, active dans l'industrie des machines. Si elle l'emportait, elle s'efforcerait de rendre les prestations de l'Etat «plus lisibles pour les contribuables».

Elle aussi issue d'une famille politisée, mais davantage profilée à gauche, Odile Duvoisin déborde d'énergie. Directrice de la fédération neuchâteloise des Fondations d'aide et de soins à domicile, elle se sent tout particulièrement concernée par l'aide sociale et l'accès aux soins. Elle préside d'ailleurs la commission santé de son parti.

Entrée au PS en 1990, elle a occupé durant huit ans un siège de conseillère générale dans sa commune de Cortaillod, au bord du lac de Neuchâtel, où elle réside depuis vingt-cinq ans. Elle a abandonné cette fonction en 1997 suite à son élection au Grand Conseil. Plutôt «législative», elle n'a pas d'expérience dans un exécutif. Mais «la plupart des conseillers d'Etat actuellement en place n'en avaient pas non plus.»

Divergences féministes

Féministes engagées, les deux candidates portent un regard différent sur les moyens à utiliser pour faire avancer leur cause. Diane Reinhard est favorable à l'instauration de quotas pour assurer une représentativité équitable des sexes en politique. Un cheval de bataille qu'elle poursuit également dans sa vie professionnelle. Déléguée à l'égalité de la HEG, elle a notamment été l'une des chevilles ouvrière du portail de formation continue career-women.ch destiné à promouvoir les carrières féminines.

«Diane est plus féministe que moi, considère Odile Duvoisin. Si les quotas représentent peut-être un moyen de faire avancer les choses, je préfère pour ma part ne pas mettre le paramètre «sexe» aussi en avant. Mais à qualités égales, il va de soi que je privilégie les femmes.»

Les deux socialistes se rejoignent en revanche sur la nécessité de donner plus de visibilité à la cause féminine. Elles étaient partie prenante de la marche apolitique «des 200 femmes pour la République» organisée fin octobre (LT du 30.10.04). Comme beaucoup d'autres Neuchâteloises, elles craignent l'absence de représentantes du beau sexe dans la prochaine équipe gouvernementale. «La réélection de la libérale Sylvie Perrinjaquet ne suffirait pas, glissent-elles. Pour garder un équilibre acceptable, il faudrait au moins une femme de gauche. Mais quant à savoir laquelle…»