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Les œuvres d’entraide s’alarment du désengagement de l’Etat

Caritas, la Croix-Rouge et l’Armée du Salut dénoncent une «privatisation de l’aide sociale»

Il faut renforcer l’aide sociale publique. Pas question que les œuvres d’entraide se substituent à l’Etat pour des tâches de son ressort. Caritas, la Croix-Rouge et l’Armée du Salut ont lancé lundi un appel à Berne.

Depuis 10 ans, l’Etat se désengage de l’aide sociale en raison des programmes d’austérité. Selon une étude mandatée par les trois ONG, l’aide sociale publique se concentre de plus en plus sur le versement des prestations financières, tandis que les œuvres d’entraide sont toujours plus sollicitées pour le conseil individuel et l’aide juridique.

«On assiste à une privatisation de l’aide sociale», a critiqué devant les médias Hugo Fasel, directeur de Caritas. «On ne veut pas un retour à la mendicité», ajoute-t-il, rappelant que la Confédération et les cantons ont pour mandat de garantir le minimum vital.

Des conditions devenues plus dures

Or toujours plus de personnes sont poussées à la marge en raison du durcissement des conditions économiques. Selon les statistiques officielles, plus d’un million de personnes sont pauvres ou directement menacées de tomber dans la pauvreté et près de 40 000 arrivent en fin de droit chaque année.

Pour les ONG, cela se traduit par plus de demandes de soutien. Les collaborateurs de la Croix-Rouge Suisse (CRS) consacrent, par exemple, toujours plus de temps à expliquer aux personnes leurs droits, relève Christine Kopp, directrice suppléante de l’ONG. Pour Daniel Röthlisberger, de l’Armée du salut, la situation devient confuse entre aide publique et privée.

Mandat de prestations

Tous deux plaident pour une meilleure coordination. «Il serait intéressant que les pouvoirs publics donnent un mandat de prestations clair aux œuvres d’entraide pour les domaines dans lesquels ces dernières ont acquis une compétence spécifique», propose Christine Kopp.

La CRS est par exemple très active dans la garde d’enfants à domicile dans 18 cantons; l’Armée du Salut et ses 56 paroisses s’investit dans la préparation des personnes à leur sortie de prison ou l’accompagnement des travailleurs du sexe. Ce type d’aide ciblée offre un soulagement aux familles et aux principaux concernés et complète l’offre existante.

Une pression politique

Cette clarification des rôles couplée à un renforcement de l’offre publique est d’autant plus nécessaire que les exigences envers l’aide sociale devraient encore augmenter ces prochains temps, selon les experts.

Or la pression politique n’est pas sans conséquence. Il n’est pas rare que les travailleurs sociaux n’utilisent pas toute leur marge de manœuvre en faveur des bénéficiaires par crainte de coupes supplémentaires dans les prestations, selon Carlo Knöpfel directeur de l’étude commandée par les ONG.

Pour lui, on ne peut pas parler d’un transfert systématique des tâches vers les œuvres d’entraide. Mais en dix ans, celles-ci sont devenues clairement incontournables pour bien des gens.

L’étude, commandée à la Haute Ecole Nordwestschweiz a été publiée lundi. Elle porte sur les années 2005-2015 et comprend un sondage auprès des travailleurs sociaux des œuvres d’entraide, plusieurs études de cas et les conclusions de sept experts. Elle est en ligne sur le site des trois ONG.

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