Offensive contre la faîtière de l’aide sociale

Pauvreté Les recommandations de l’association professionnelle sont contestées

Une révision est en cours de préparation

La Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) est sous le feu des critiques. Les normes qu’elle recommande d’appliquer aux bénéficiaires de l’aide sociales sont contestées, surtout outre-Sarine.

Sous pression, la CSIAS a lancé deux études en vue d’une révision de ces directives. L’une porte sur le calcul du forfait de base, actuellement fixé à 977 francs mensuels pour une personne seule (a cela s’ajoute la prise en charge du loyer et de la prime de l’assurance-maladie). La deuxième sur leur capacité à stimuler la réinsertion. Les résultats sont attendus pour janvier 2015. C’est sur la base de ces données que la CSIAS entend alimenter le débat à l’échelle du pays et éteindre l’incendie.

L’association professionnelle, composée d’environ mille membres entre représentants des cantons, des communes, des ONG et des offices fédéraux, est sur la sellette depuis 2013. Quelques prises de position publiques de ses responsables ont déplu aux milieux qui voudraient freiner la croissance de l’aide sociale. Une poignée de communes alémaniques, mécontentes, ont d’ailleurs quitté la CSIAS. Le canton de Zurich y songe à son tour sous l’impulsion de la droite.

Walter Schmid, le président par qui la polémique est née, a démissionné de son poste. Une coprésidence est assurée depuis mai 2014 par Therese Frösch et Felix Wolffers. L’ancienne conseillère nationale bernoise des Verts et le chef du Département des affaires sociales de la Ville de Berne s’emploient à apaiser les tensions et à restaurer la légitimité de l’organisation.

Mais ces changements ne désarment pas les adversaires de la CSIAS. Très engagée sur ce thème, l’UDC Suisse voudrait museler l’organisme. Le parti de Christoph Blocher prône l’autonomie des municipalités contre toute tentative d’harmonisation cantonale, voire fédérale. Tentatives qui ont échoué jusqu’à ce jour, même si le Conseil fédéral doit rendre un rapport sur la question. L’UDC identifie la CSIAS avec ces visées centralisatrices.

La droite nationaliste accuse encore la CSIAS de favoriser l’explosion des dépenses sociales. Les prestations préconisées seraient trop généreuses et alimenteraient «le business social» qui pèse, aux yeux de l’UDC, de plus en plus lourdement sur les finances publiques. Le parti réclame une réduction de 40% des aides.

Ces attaques ont lieu dans un climat de suspicion, sinon d’hostilité à l’égard de l’aide sociale. Surtout en Suisse alémanique où l’on déplore dans la foulée une surreprésentation de bénéficiaires étrangers.

Des cas d’abus sont montés en épingle dans les médias. Le dernier filet de la solidarité collective est régulièrement à l’agenda des parlements. A l’approche des élections fédérales de l’année prochaine, le sujet devient incontournable et suscite les plus vives polémiques. Les propositions destinées à limiter l’accès aux prestations sociales et à réduire leur volume foisonnent. Parmi les dernières salves, on note la volonté du parlement zurichois d’interdire aux bénéficiaires la possession d’une voiture. Ou, sur le plan national, l’idée, soutenue par une commission du Conseil des Etats, d’imposer fiscalement les montants de l’aide afin d’encourager le retour au travail.

Face à cette offensive à l’encontre de l’aide sociale et de la CSIAS, une coalition d’associations alémaniques et romandes actives dans le domaine prépare une riposte commune. Un document devrait être diffusé avant la fin du mois de novembre. Le but est de démonter l’argumentaire des pourfendeurs de l’aide sociale et de démontrer l’intérêt pour le pays de lutter «contre la pauvreté et la précarité et non pas contre les pauvres».

En Suisse romande, où l’aide sociale est en règle générale cantonalisée, la CSIAS jouit d’assises plus solides et consensuelles. Des voix se lèvent également pour sa défense. Le conseiller d’Etat jurassien Michel Thentz a, par exemple, suggéré de rendre plus contraignantes ses recommandations.

A l’approche des élections fédérales, l’aide sociale devient incontournable et suscite la controverse