La transparence des séances du Conseil fédéral? Moritz Leuenberger et Pascal Couchepin ne veulent pas en entendre parler et l'ont clairement fait savoir ce week-end à différents médias. Le premier de façon relativement diplomatique, le second sans mâcher ses mots. Cela alors que les quatre partis gouvernementaux viennent de s'exprimer à l'unisson en faveur de la transparence des discussions menées entre les sept conseillers fédéraux. Doris Leuthard, la présidente du PDC, a d'ailleurs proposé de mettre le sujet à l'ordre du jour des prochains entretiens de Watteville, le 14 février.

Des «combats de coqs»

Tant le président de la Confédération que le ministre de l'Intérieur estiment que dévoiler le détail des discussions qui mènent aux décisions du Conseil fédéral, et surtout les votes de chacun des ministres comme le demandent les partis, serait contre-productif: à leurs yeux, cela risquerait d'influencer les prises de position. Chaque séance du Conseil fédéral se transformerait en «combats de coqs» destinés à attirer l'attention de l'opinion publique, assure Pascal Couchepin dans une interview à la NZZ am Sonntag. Un avis partagé par Moritz Leuenberger.

Pour le président de la Confédération, un ministre peut bien faire connaître sa position sur un dossier avant une séance, mais le détail des discussions menées entre les sept ministres ne doit pas être rendu public. «Je veux pouvoir continuer à poser librement des questions au cours de nos séances. De plus, 90% de nos décisions se prennent sans vote. Si ce processus devient public, il faudra se mettre inutilement à voter sur tout», a déclaré Moritz Leuenberger au Matin dimanche.

Pascal Couchepin n'y va pas avec le dos de la cuillère pour justifier sa position face à celle de son parti: si le PRD soutient l'idée de la transparence des séances du Conseil fédéral, «c'est parce que le parti est sous pression», critique le ministre.

Dans une récente émission Arena, à la Télévision alémanique, le président du groupe parlementaire PRD, Felix Gutzwiller, avait qualifié de «grotesque» le fait que, deux semaines après la décision sur Swisscom, personne ne pouvait dire si le Conseil fédéral l'avait prise à l'unanimité ou s'il y avait eu des oppositions. Mais Pascal Couchepin préfère soutenir que le président du parti, Fulvio Pelli, n'est lui-même pas vraiment convaincu par l'idée de la transparence des séances.

Toujours dans la NZZ am Sonntag , le ministre de l'Intérieur s'en prend à Oswald Sigg, nouveau porte-parole du gouvernement, dont il avait déjà critiqué la nomination en avril. Il insinue que la politique d'information du Conseil fédéral est devenue problématique depuis l'entrée en fonction d'Oswald Sigg en août, en remplacement d'Achille Casanova. Ce sont justement les récents couacs de communication à propos de la position du Conseil fédéral dans l'affaire Swisscom qui ont ranimé l'idée de la transparence des séances du Conseil fédéral.

Dans son allocution de Nouvel An, Moritz Leuenberger a endossé ses nouveaux habits de président sans faire allusion à la question de la transparence des débats au sein du Conseil fédéral. Mais il a appelé à l'unité du gouvernement et a plaidé pour le renforcement de la concordance, «remise en question alors que nous lui devons tant».

La photographie officielle du Conseil fédéral version 2006 réunit les ministres autour d'une grosse croix blanche sur fond rouge. Même si Micheline Calmy-Rey et la chancelière de la Confédération Annemarie Huber-Hotz ont eu pour consigne de ne s'habiller ni en rouge ni en blanc, couleurs qu'apprécie particulièrement la ministre socialiste, tous apparaissent bien plus décontractés que d'habitude. C'est bien en cela que l'image surprend: le Conseil fédéral ne s'est pas vraiment montré très uni ces derniers mois.