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Les officiels bernois ne viennent pas aux 40 ans du canton du Jura

Considérant que sa sécurité n'est «pas garantie», le ministre bernois Pierre-Alain Schnegg renonce à venir aux festivités des 40 ans de l'entrée en souveraineté du canton

Le Jura célèbre dimanche à Saignelégier ses 40 ans d'existence en présence du conseiller fédéral Alain Berset et de représentants des cantons. Le gouvernement annonce une fête populaire mais l'ombre de Moutier (BE) plane sur les festivités.

En fin de matinée, la délégation bernoise a annoncé qu'elle ne se rend pas aux festivités, a indiqué le conseiller d'Etat Pierre Alain Schnegg. Sa sécurité n'a pas pu être assurée.

Des autorités peu loquaces

«Nous avons été informés dimanche matin. Le gouvernement jurassien et la police nous ont annoncé qu'ils ne pouvaient pas garantir notre sécurité», a expliqué Pierre-Alain Schnegg à Keystone-ATS. Il n'a pas voulu faire de commentaire sur cette décision prise à la dernière minute. Dans un communiqué lapidaire, le gouvernement bernois souhaite encore au canton du Jura «une très belle fête».

Côté jurassien, les autorités sont également peu loquaces. Ni le commandant de la police cantonale jurassienne Damien Rérat, ni le porte-parole du Gouvernement jurassien Jacques Chapatte n'ont voulu commenter la décision.

Même mutisme du côté fédéral. Le ministre de l'intérieur Alain Berset est arrivé peu avant 11h, sans faire de commentaire sur le sujet.

Des frontières toujours pas définitives

Ouvrant les festivités, le président du Gouvernement jurassien Jacques Gerber a exprimé sa reconnaissance aux cantons suisses qui ont permis l'entrée en souveraineté du Jura il y a 40 ans. Il a aussi plaidé en faveur de l'accueil de la ville de Moutier. «Nous rêvions d'un canton et vous, les Confédérés, vous avez fait en sorte que notre rêve se réalise».

Dans son allocution, le président du Gouvernement jurassien n'a pas évoqué l'absence du canton de Berne qui a renoncé à se déplacer pour les festivités pour des raisons de sécurité.

Le 24 septembre 1978, le peuple suisse acceptait par 82,3 % de oui la création du nouveau canton constitué des districts de Delémont, de Porrentruy et des Franches-Montagnes. Tous les cantons avaient également approuvé l'entrée en souveraineté du Jura. Celui du Tessin avec la plus forte proportion de oui.


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«En 40 ans, le Jura s'est donné les moyens d'exister», a souligné le président du Gouvernement aux nombreux invités. Jacques Gerber a ajouté que les frontières du Jura n'étaient toujours pas définitives, allusion à l'appartenance cantonale de Moutier, une affirmation ponctuée d'acclamations.

«Le sort de Moutier est encore suspendu à des décisions de justice. Nous avons hâte de voir cette ville rejoindre la maison jurassienne et qu'elle puisse participer activement à la suite de notre développement», a lancé le ministre jurassien. «Moutier dans le Jura» lui a répondu une partie de la foule.

Un canton qui doit se réinventer

«Croyons en nos capacités», a lancé Jacques Gerber en évoquant les défis qui attendent le canton du Jura, en particulier une réforme de l'Etat. «Devenir la première administration sans papier est l'un de nos objectifs», a-t-il expliqué.

«Les festivités des 40 ans de notre canton encore jeune marquent indéniablement une étape charnière». Pour le président du Gouvernement, le canton du Jura doit se réinventer, en se montrant à nouveau le plus imaginatif et audacieux comme il a déjà su le faire par le passé.

Laurent Coste: «Justice» pour Moutier

Pour sa part, Laurent Coste, président du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ), a appelé le canton de Berne à ne pas faire obstacle au transfert de la cité prévôtoise dans le canton du Jura. Laurent Coste s'exprimait dimanche dans le cadre des festivités du 40e anniversaire du Jura.

«Moutier a voté. Moutier a choisi. Moutier sait où son avenir se situe», a déclaré le président du MAJ lors de la partie officielle. «Elle demande que justice lui soit rendue», a-t-il ajouté sous les applaudissements.

Laurent Coste estime que si chacun reconnaît ce fait, ce sera un grand pas pour la paix et pour le respect de la démocratie. «Je voudrais dire à ses représentants qu'une transition courtoise, dépourvue de tout esprit de vindicte, serait à l'honneur de Berne et de son peuple.»

Alain Berset: «Nous avons hâte» que le cas Moutier soit réglé

Selon Alain Berset, l'indépendance du Jura est «une grande page de notre histoire contemporaine». Le conseiller fédéral a toutefois reconnu que la voie vers l'émancipation avait été «sinueuse».

«La liberté a été longue à se dessiner», a-t-il déclaré. «Si la réponse à la Question jurassienne a été tellement helvétique, c'est parce qu'elle s'est échelonnée dans le temps long du compromis», a-t-il souligné lors d'une allocution très applaudie.

Cette question est devenue une «équation» avec plusieurs inconnues et, avec elle, «les esprits se sont enflammés», a relevé le chef du Département fédéral de l'intérieur. Et d'ajouter que, par nature, «les passions ne s'accommodent guère ni du compromis, ni surtout du temps long».

Pour le ministre de l'intérieur, il était aussi «inévitable» que les tensions demeurent après la création du canton. La méfiance entre autonomistes et antiséparatistes «remonte à loin».

Selon lui, cette tension perdurera tant que l'appartenance cantonale de Moutier ne sera pas réglée devant les tribunaux. «Nous ne pouvons que souhaiter une décision de droit qui soit rapide et qui permette aux uns et aux autres de savoir enfin à quoi s'en tenir», a-t-il affirmé. «Nous avons hâte.»


Un dispositif policier face aux autonomistes

Plus d'une vingtaine de policiers patrouillaient dès le matin sur le site de la Halle du Marché-Concours à Saignelégier où se déroulent les festivités des 40 ans du Jura, a constaté l'agence Keystone-ATS. La salle qui accueillera les invités pour le banquet a été sécurisée et n'est pas accessible.

Ce dispositif policier a été mis en place en raison de la présence du conseiller fédéral Alain Berset mais surtout en prévision du rassemblement de militants autonomistes. Le MAj a donné rendez-vous à ses militants devant le Centre de loisirs de Saignelégier.

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