«Je suis la bonne pioche», reconnaît volontiers la nouvelle vice-présidente de ProTell, le lobby des armes helvétique, «mais j’ai choisi de l’être». Invitée par les aficionados du tir à rejoindre la société début janvier, la jeune femme s’apprête à vivre un début d’année chargé: en mai prochain, les Suisses voteront sur le référendum contre la reprise de la directive européenne sur les armes. La Fribourgeoise fera campagne pour le lobby avec une mission complexe: convaincre une population majoritairement citadine que restreindre l’accès aux armes en Suisse est problématique. «Ce ne sera pas facile mais j’y crois, dit la capitaine de troupes blindées, c’est maintenant qu’il faut se défendre contre cette directive européenne. Un symbole suisse est en jeu, il faut se battre pour nos valeurs et nos traditions.»

La noble famille de Weck

Tradition. Le mot n’est pas vain pour la nouvelle figure de proue de ProTell dont l’arbre généalogique remonte au XIVe siècle. Conseillers d’Etat, banquiers, artistes, médecins, avocats, historiens, les de Weck ont marqué la vie politique, juridique et militaire helvétique, tout particulièrement celle de leur canton d’origine: Fribourg. Les dernières générations sont désormais particulièrement férues de droit, raconte l’avocate, dont la moitié de la famille – père, grand-père, oncle, frère et plusieurs cousins – pratique le même métier. Elle-même dit n’avoir «jamais voulu faire autre chose». Désormais «expatriée» loin des terres familiales, elle loue ses services à une grande étude genevoise de la rive gauche. Depuis le bureau vitré du huitième étage, le Jet d’eau est bien visible, tout comme la fibre patriotique de la femme de loi.

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Son amour pour la Suisse, elle a voulu l’illustrer en revêtant l’uniforme. Décidée à «vivre l’expérience extraordinaire de pouvoir servir son pays», Olivia de Weck empoche sa maturité et s’engage sous les drapeaux. Elle rejoint les conducteurs de chars, apprend à conduire un Piranha et prend du galon. Récemment promue capitaine – «j’ai signé pour 245 jours supplémentaires», elle a déjà passé près de deux années complètes à arpenter le bitume des casernes et dirige 154 hommes en cours de répétition.

Le PLR et le PDC perdent leurs valeurs. En 2011, ils nous avaient soutenus pour contrer l’initiative qui voulait interdire de garder son arme à la maison une fois ses obligations militaires terminées. 

Olivia de Weck 

Etant l’une des rares enthousiastes à avoir franchi le pas – il y a 0,7% de femmes dans l’armée suisse, le taux le plus bas d’Europe –, Olivia de Weck ne promeut pas pour autant la conscription féminine. «Rendre obligatoire la journée d’information pour tous serait une bonne idée», suggère-t-elle toutefois. Quant aux difficultés que traverse la grande muette, la Fribourgeoise les impute au service civil, trop facile d’accès. «Revenir avec l’examen de conscience serait difficile, mais on peut s’en rapprocher. Quelqu’un qui ne veut pas faire l’armée, soit accomplir son service militaire obligatoire, ça reste un tire-au-flanc.»

«Les partis de droite ont retourné leur veste»

Médiatisée jusque-là pour sa féminité parmi les tenues de combat, Olivia de Weck s’apprête à devenir la nouvelle coqueluche du mouvement pro-armes. La thématique semble avant tout plaire à la droite, mais la Fribourgeoise compte bien persuader au-delà. «Mon rôle dans cette campagne sera notamment de démontrer que ce référendum ne concerne pas que les électeurs UDC, bien au contraire», dit celle qui n’est elle-même pas affiliée à un parti. Les conservateurs sont pourtant pour le moment les seuls à soutenir le projet, ce qu’elle déplore: «Le PLR et le PDC perdent leurs valeurs. En 2011, ils nous avaient soutenus pour contrer l’initiative qui voulait interdire de garder son arme à la maison une fois ses obligations militaires terminées. Là, ils ont retourné leur veste. Pourtant, nous ne pouvons pas accepter cette remise en cause de nos droits fondamentaux!»

La nouvelle recrue de ProTell le dit sans ciller, regard métallique à l’appui: la directive de l’UE affecterait directement «des millions» de Suisses. «Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que sans annoncer le vieux mousqueton du grand-père à la cave, ils seront considérés comme des criminels. Les nouvelles mesures de contrôle occuperont aussi des agents devant leur ordinateur. Qui les paiera? En outre, moins de policiers sur le terrain, c’est moins de sécurité. Sans oublier que nous ne connaissons pas le but final de l’UE. Désarmer les citoyens, peut-être? C’est ce que cherchent à faire tous les régimes totalitaires. Cette directive n’est qu’une première étape, il pourrait y en avoir d’autres. Défendre nos armes, c’est défendre notre liberté.»

«Dure mais juste»

Le rattachement d’Olivia de Weck à ProTell est souvent mis en relation avec son engagement militaire. A tort, dit-elle: «J’ai fait l’armée, oui, mais ça reste très accessoire. Je ne pratique pas le tir, je n’ai pas d’arsenal à la maison. Dans le cadre de cette campagne, c’est avant tout la femme de loi qui entre en action pour défendre un droit: celui des citoyens suisses de posséder une arme.» Quid donc de sa réputation en robe d’avocat? «Je suis comme à l’armée, répond Olivia de Weck. Dure mais juste.» Rompez.


1986 Naissance à Genève, de parents d’origine fribourgeoise.

2005 Décide de faire son service militaire.

2013 Obtient son brevet d’avocat.

2018 Est promue capitaine.

2019 Nommée vice-présidente de ProTell.


Nos portraits: pendant quelques mois, les portraits du «Temps» sont consacrés aux personnalités qui seront distinguées lors de l’édition 2019 du Forum des 100. Rendez-vous le 9 mai 2019.