Le Conseil fédéral devra légiférer contre son gré pour interdire totalement des images pornographiques ou violentes sur les téléphones portables. Le National a en effet adopté jeudi dernier deux motions en ce sens, à deux contre un, malgré les avertissements d'Eveline Widmer-Schlumpf. La première, déjà adoptée par le Conseil des Etats, vise à protéger les enfants en rendant punissable toute offre de matériel pornographique sur les portables. La deuxième veut étendre cette interdiction aux agressions filmées. Elle doit encore passer devant la Chambre des cantons. Olivier Guéniat livre son analyse.

Le Temps: Eveline Widmer-Schlumpf déclare que les pistes proposées par les motionnaires sont inapplicables et que le code pénal répond déjà à leurs soucis. Cette mesure ne servira donc à rien?

Olivier Guéniat: Eveline Widmer-Schlumpf a plutôt raison dans le sens où il sera difficile de faire appliquer cette norme pénale sur un plan opérationnel et technique. Mais difficile ne veut pas dire impossible. Si le code pénal protège déjà les enfants contre la diffusion de pornographie, la dimension des nouvelles technologies n'est pas explicitée, tant et si bien que personne ne se préoccupe de la responsabilité des diffuseurs et des providers (ndlr: fournisseurs d'accès). La norme aura le mérite d'être claire et spécifiquement contraignante.

– Mais on peut sérieusement douter de son efficacité: les jeunes pourront continuer à trouver ce qu'ils cherchent sur Internet. Et gratuitement, ce qui n'est pas le cas s'ils téléchargent des images sur les téléphones…

– Oui, les motions ne vont, à mon avis, pas assez loin. Il faudrait contraindre les providers à proposer des abonnements de connexion à Internet sans pornographie et sans violence, des abonnements familiaux en quelque sorte. S'ils y sont contraints, les providers trouveront des solutions de filtrages, sinon rien ne bougera. Selon moi, celui qui veut du porno n'a qu'à s'annoncer et payer un abonnement spécifique.

– Existe-t-il un réel lien entre les jeunes qui abusent d'images pornographiques et la violence?

– Nous n'en savons objectivement rien, le phénomène étant récent, il n'y a pas encore de résultats de recherches. Par contre, un certain nombre d'affaires de mœurs indiquent clairement un lien avec des scénarios déjà consommés. Parallèlement, le happy slapping, le sharking (filmer une fille qui se fait déshabiller par surprise contre son gré) sont des exemples qui mettent très bien en évidence le lien fort entre une forme de violence, le téléphone portable et Internet.

– Plutôt que de viser les fournisseurs, serait-il plus efficace d'amender un mineur pris sur le fait en train de regarder des images pornos sur son portable?

– C'est un système pervers de ne rien faire contre celui qui abreuve d'images pornos, qui plus est souvent illicites, et de se retourner contre celui qui les consomme. Que celui qui dégage un chiffre d'affaire colossal passe un peu à la caisse! Cela me semble simplement plus juste.