Vendredi 2 octobre 2020. C’était la date limite pour répondre à la mise au concours du poste de procureur général de la Confédération laissé vacant par le départ du très chahuté Michael Lauber. Au nombre des papables, Olivier Jornot, patron du Ministère public genevois, a finalement décidé de se lancer dans l’aventure et l’a fait savoir à ses proches collaborateurs. «Je confirme avoir déposé ma candidature», déclare-t-il au Temps, sans en dire davantage pour le moment. Pour celui qui a déjà succédé à un démissionnaire dans son canton, qui a su remettre l’institution sur les rails et qui se frotte régulièrement à des dossiers délicats, le défi est forcément tentant.

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La Commission judiciaire a déjà fixé plusieurs séances pour proposer le successeur le plus prometteur à l’Assemblée fédérale qui devra procéder à l’élection, si tout va bien, lors de la session d’hiver. Le 28 octobre, une sous-commission doit se réunir pour faire un premier tri des candidatures, dont on ne sait toujours pas si elles sont nombreuses pour ce poste qui ne fait pas beaucoup rêver en raison, notamment, du sort peu enviable qui a frappé ses trois derniers occupants.

Parmi les autres potentiels aspirants, le premier procureur Yves Bertossa, responsable de la section des affaires complexes, spécialiste des procédures qui font trembler les grands de ce monde, précise ne pas avoir postulé: «Je suis attaché à Genève et à un fonctionnement qui présente moins de lourdeurs administratives.» Quant à Maria-Antonella Bino, ancienne procureure fédérale suppléante, retenue dans les «finalistes» en 2011, passée dans le milieu bancaire en 2013, récemment élue juge suppléante au Tribunal pénal fédéral, également Genevoise, sa réponse sera brève: «Non, je ne suis pas candidate.»

Expert à la rescousse

Des séances plénières de la commission sont prévues les 11 et 25 novembre, selon une procédure dite «en deux étapes» pour un examen plus approfondi. Selon nos informations, un expert externe – sorte de chasseur de têtes – a été mandaté pour aider la commission dans son choix et éviter une nouvelle erreur de casting.

Ce qui semble déjà évident, c’est que l’affaire Lauber a conduit à une redéfinition du profil recherché. Fini la «grande finesse psychologique», «la capacité à communiquer» ou les «relations sur le plan international». Les fameuses séances informelles avec le patron de la FIFA, Gianni Infantino, qui ont provoqué pataquès procédural, mensonge, sanction disciplinaire, démission et finalement ouverture d’une procédure pénale contre Michael Lauber, ont convaincu la commission de revenir aux fondamentaux afin de trouver un successeur digne de l’enjeu.

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Un magistrat plus qu’un diplomate

La mission d’abord. L’annonce du poste précise désormais qu’il s’agit «de garantir le professionnalisme et l’efficacité de la poursuite pénale», de mettre en place une organisation rationnelle et d’en assurer le bon fonctionnement tout en veillant à ce que les ressources en personnel et les moyens soient utilisés à bon escient. Pour diriger cette institution passablement déstabilisée par le scandale et les conflits larvés, la commission recherche désormais clairement un praticien chevronné plutôt qu’une sorte de diplomate judiciaire ou de forcené du controlling.

Le candidat idéal doit évidemment être bardé de diplômes en droit, maîtriser au moins deux langues nationales et avoir le contact facile. Il doit – c’est nouveau – avoir une pratique judiciaire de plusieurs années dans une fonction similaire ainsi qu’une connaissance approfondie en matière de poursuite pénale. Histoire d’éviter les errements du passé. Il doit aussi avoir une solide expérience en matière de direction de dossier et être à même de conduire lui-même une instruction. En résumé, on ne veut plus d’un chef qui plane au-dessus des contingences procédurales, mais qui sache mettre les mains dans le cambouis tout en maîtrisant le cadre légal.

Recherche épaules solides

Pour occuper ce fauteuil hautement exposé, la commission recherche enfin une personnalité qui fait preuve de rigueur professionnelle, d’assurance et de talent dans la négociation. Celle-ci doit aussi savoir résister au stress (il y en aura beaucoup) et avoir une grande capacité de travail pour affronter les dossiers sensibles qui relèvent des compétences du parquet fédéral: terrorisme, criminalité économique complexe, corruption et blanchiment d’argent à forte connotation internationale.

Ce que l’annonce ne dit pas c’est qu’il lui faudra surtout savoir tenir tête aux humeurs parlementaires, être indépendant quitte à déplaire et ne pas se transformer en simple gestionnaire d’une énorme machine bureaucratique.