Ce 28 mai 2020 devait être son grand jour. La prestation de serment du Pouvoir judiciaire, dont il est le premier représentant, à la cathédrale Saint-Pierre, en présence de tout le gotha politique et des corps constitués. Mais Olivier Jornot, procureur général genevois très attaché aux symboles et à l’apparat, devra se contenter d’une version réduite qui réponde aux exigences sanitaires du moment. Son discours, forcément ramassé, sera prononcé deux fois à l’intention des magistrats de carrière qui entreront par groupes successifs. L’occasion de délivrer un message tout en essayant d’éviter l’incident diplomatique.

Car, outre la pandémie, ce nouveau mandat démarre déjà dans une ambiance électrique. Les affaires sensibles, qui impliquent élus ou policiers, avec leur lot de protestations, de tensions, d’attaques, de rumeurs et de petits complots visant à le faire passer pour un croquemitaine, augurent une période agitée. Le principal intéressé n’est toutefois pas du genre à se laisser impressionner: «De manière générale, les salves font partie du job. Je n’y suis pas insensible, mais il faut savoir prendre de la distance et supporter le fait de ne pas pouvoir répondre. Une chose est certaine, la fonction nécessite une sacrée carapace.»