Genève

Olivier Jornot, l’énergie de l’ambition

L’avocat et député libéral convoite le poste de procureur général. Candidat controversé à cette élection, il s’estime armé pour sortir l’institution de la crise

Il n’est encore que candidat au poste de procureur général mais il a déjà entamé sa mue. Avocat et surtout coriace député, connu pour ses combats contre les mendiants, les manifestants et les perturbateurs en tous genres, le très libéral Olivier Jornot se dit aussi capable d’empathie: «Je me sens une âme de protecteur des gens qui s’adressent à la justice.»

Après avoir mûri l’idée de son engagement pour le Ministère public, il est désormais convaincu que cette fonction, avec toutes ses facettes, est «la plus extraordinaire qui puisse exister». Même la politique apparaît aujourd’hui «très loin des préoccupations» de celui qui a présidé le parti, s’est lancé dans la course au Conseil d’Etat et a tenté l’aventure des élections fédérales. Avant de devenir le prétendant le plus controversé à cette succession de crise.

Rien ne prédisposait Olivier Jornot à s’imaginer un jour à la tête du Parquet. Des études de lettres, un diplôme en théologie, il se décide finalement à attaquer le droit. «Pas franchement une vocation d’enfance». La politique, par contre, le gagne très précocement. A 15 ans, il s’engage au sein de Vigilance, mouvement de la droite nationaliste, où il passe cinq ans avant d’entrer au Parti libéral. «Je préfère avoir fait le parcours dans ce sens plutôt que dans l’autre», précise-t-il.

Dans sa pratique du Barreau, Olivier Jornot ne se considère pas comme un pénaliste, même s’il a toujours gardé un pied sur ce terrain. Il a plaidé à la toute dernière session de la Cour d’assises avant que celle-ci soit sacrifiée aux exigences de la nouvelle procédure. C’était pour la défense d’un baron de la drogue, un Albanais condamné à une très lourde peine. Il la contestera devant le Tribunal fédéral. «Je ne suis pas un affairiste», souligne-t-il en réponse aux critiques émises sur son profil. Le droit administratif, où il représente des personnes, des entreprises ou des collectivités publiques, reste son domaine de prédilection.

Candidat de l’extérieur, Olivier Jornot s’estime toutefois assez introduit dans la maison pour en maîtriser les subtilités. Sa pratique professionnelle, mais surtout son intense activité de député dans le cadre de la commission ad hoc Justice 2011, l’ont amené à se pencher sur le fonctionnement et l’organisation du troisième pouvoir. «Si je n’avais pas eu cette expérience, je ne me sentirais pas assez proche de l’institution pour briguer le poste». Plus encore, «ces trois ans de dialogue m’ont conduit à créer un lien affectif avec les magistrats. Le Palais ne représente plus pour moi une théorie mais des gens avec qui j’ai des affinités».

A son étiquette hors sérail s’ajoute celle, encore plus embarrassante, d’animal politique. Olivier Jornot se dit aujourd’hui prêt à mettre un terme à cette carrière sans invoquer de sacrifice. Tout comme il entend effacer sa marque de fabrique. «Les aspects partisans devront nécessairement être occultés pour habiter la fonction. Il en va de même pour le choix des premiers procureurs. Je n’ai pas l’intention de tenir compte d’une représentation des partis dans cette désignation», prévient-il.

Intarissable sur les contours du poste, Olivier Jornot voit «un procureur général qui ne se contente pas d’administrer une usine à ordonnances pénales mais qui a un discours plus large». Celui de la fermeté, notamment à l’égard de la criminalité de rue et du trafic de stupéfiants. «Il ne s’agit pas de se concentrer sur telle ou telle infraction ou d’effectuer un tri mais de jouer son rôle dans un dispositif plus général en concertation avec la police».

Le candidat se défend toutefois de faire de l’ordre public une obsession. «Je suis convaincu que le crime organisé est un des périls qui menacent nos sociétés et je ne fais pas partie de ces gens qui estiment qu’il ne faut pas s’engager sur ces dossiers», explique celui qui siège par ailleurs au sein de l’organisme d’autorégulation de l’Association suisse des gérants de fortune. La section des affaires complexes n’a donc pas de souci à se faire. «Elle aura mon appui dans des enquêtes difficiles.»

De même, le député qui a tenté de faire supprimer la publication des transactions immobilières dans la Feuille d’avis officielle entend être un procureur général qui garde un œil sur les acquisitions potentiellement problématiques – en raison du montant ou du profil de l’acheteur –, tout en misant sur une meilleure collaboration avec le registre foncier.

En tête de ses priorités, Olivier Jornot place le redressement du Ministère public. «Il faut corriger les erreurs, changer les choses qui dysfonctionnent, être un patron présent et conscient des problèmes. Je m’estime parfaitement armé pour cette tâche.» Le président de parti, souvent décrit comme autoritaire et souffrant mal la contradiction, pense avoir fait du chemin dans ce qu’il appelle «l’art des relations humaines», la négociation et la recherche du consensus.

Il dit savoir aussi reconnaître ses excès. Comme celui d’avoir traité récemment les premiers procureurs démissionnaires d’irresponsables? «Après avoir eu l’occasion d’en discuter et de mieux comprendre leur décision, je ne dirais pas la même chose aujourd’hui.» Convaincu qu’il n’y a aucune hostilité à son égard au sein du Parquet, Olivier Jornot préfère parler «d’interrogations légitimes dont il devra tenir compte».

Comme autre priorité, le candidat veut rétablir la confiance avec les deux autres pouvoirs. En sa qualité de président de la commission de gestion du pouvoir judiciaire, le procureur général est en première ligne pour négocier son budget. Même si les perspectives sont assez sombres en ces temps de déficit, Olivier Jornot compte faire la différence grâce à son goût pour les aspects managériaux et sa vue d’ensemble. «Si on veut obtenir un plus grand effort financier, il faut faire en sorte que le travail des services centraux soit lisible et efficace.»

Loin de lui toutefois l’idée de devenir l’administrateur de la justice ou le simple gérant d’une équipe. «Le procureur général doit être une figure du Palais et de la cité. Il lui incombe d’apparaître en audience comme accusateur public.» Le prétendant défend un Ministère public qui «manie une ambition». On le surprendra même à citer Bernard Bertossa comme le modèle d’un magistrat qui a su au mieux manifester sa volonté de faire avancer les choses. A 42 ans, Olivier Jornot est prêt à abandonner la politique. Mais certainement pas le pouvoir.

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