Genève

Olivier Jornot n’imposera pas son prochain adjoint

Trois candidats se présentent pour remplacer Laurence Viollier au sein de l’équipe dirigeante du Ministère public genevois. Pour une fois, le collège mixte, chargé de procéder à l’élection, aura le choix entre plusieurs prétendants au poste de premier procureur

Un vent de rébellion soufflerait-il au sein du Ministère public genevois? Pour la première fois, le procureur général Olivier Jornot n’imposera pas le choix d’un membre de sa garde rapprochée. Le système, institué par la loi cantonale, reprend ses droits, et trois candidats – les procureurs Séverine Stalder, Joël Schwarzentrub et Grégory Orci – se présentent pour le poste de premier procureur devant le collège mixte qui devra procéder à l’élection la semaine prochaine. Un regain de démocratie interne qui vient supplanter la conception jusqu’ici très dirigiste du patron du parquet.

Les précédents

C’est le récent départ du premier procureur Laurence Viollier pour le Tribunal pénal qui a remis cette question sensible sur le tapis. Depuis son élection de 2012, Olivier Jornot a constitué lui-même l’équipe des responsables de section en sollicitant les candidatures et en proposant son choix pour validation. La manœuvre avait déjà suscité une discussion lors de la formation du team initial. Mais à l’époque, la priorité était clairement de sortir le Ministère public d’une grave crise institutionnelle et de permettre au nouveau patron de s’entourer des adjoints nécessaires pour mener à bien cette tâche.

Le malaise s’est accru en novembre 2016 avec la création d’un cinquième poste de premier procureur et l’élection du seul candidat en lice, lui aussi courtisé et adoubé par le patron du parquet, alors que les concurrents potentiels préféraient s’abstenir et faire profil bas. Olivier Jornot ne s’en cachait d’ailleurs pas. «C’est moi qui ai approché Adrian Holloway, de la même manière que j’avais approché les quatre autres premiers procureurs», disait-il dans nos colonnes.

Lire sur ce sujet: Olivier Jornot devrait-il pouvoir nommer sa garde rapprochée?

Héritage d’une période marquée par la méfiance, sorte de garde-fou, le système d’élection qui impose un passage devant le collège mixte (composé du procureur général, de deux juges de la filière pénale et de deux procureurs désignés par leurs pairs) avait, dans ces circonstances, perdu de son sens. «Je comprends que l’on s’interroge aujourd’hui sur sa pertinence», relevait encore le procureur général à cette même occasion.

Changement de tactique

Au sein du parquet, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut éviter de tels simulacres d’élection. De son côté, Olivier Jornot soutient vouloir cette fois tester le système: «Je n’ai pas eu l’impression que quelqu’un s’imposait de manière évidente pour le poste alors j’ai estimé plus opportun de renoncer à rechercher moi-même un candidat. Ce sera l’occasion de voir comment le système fonctionne sous cette forme.» Le patron du Ministère public (qui aura une voix) et les premiers procureurs ont déjà mené une première audition des candidats pour se faire une idée.

Quels sont les critères qui peuvent jouer en faveur de l’un ou de l’autre? «La compétence, la volonté de tirer à la même corde, une certaine vision de la gestion d’une section», détaille encore le chef du parquet. D’autres ajouteront la pondération, la hauteur de vue, la légitimité, l’expérience, l’implication ou encore le souci de l’encadrement.

Encore flou

Sous l’ère Jornot, ce sera donc la première fois que des candidats rivalisent pour devenir premier procureur. La plénière du parquet a déjà béni ses deux grands électeurs (l’incontournable Jean-Bernard Schmid et Olivier Lutz ont été seuls à se présenter). On ne sait pas trop si ces délégués doivent voter en fonction de leur sensibilité propre ou d’une sorte de mandat interne.

Le collège mixte devra trancher sur la base du curriculum vitae et de l’audition des candidats. Joël Schwarzentrub, 45 ans, est bien connu du palais pour avoir été greffier de juridiction à la cour avant d’entrer au parquet en 2010. Séverine Stalder, 45 ans, la dernière arrivée, peut se targuer d’une solide expérience de procureure dans le Jura. Quant à Grégory Orci, 35 ans, il a un parcours plus atypique. Le trio sera fixé le 20 septembre en fin de journée. L’heure de la réunion élective a été reportée pour permettre à Olivier Jornot d’accompagner la délégation officielle qui ira soutenir la candidature de Pierre Maudet à Berne. Tout un programme.

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