Olivier Jornot a retrouvé la forme et son art consommé de la pique. La présentation en grande pompe du bilan annuel du troisième pouvoir a donné l’occasion au procureur général de lancer quelques scuds. L’attaque la plus directe a visé l’Office fédéral de la justice et son projet de révision de certains aspects de la procédure pénale, dont le patron du Ministère public pense visiblement le plus grand mal. Au point de qualifier ledit service «d’adversaire». Rien de moins. Florilège des petits et grands sarcasmes qui font la vie de la République.

Pour la quatrième édition de cette cérémonie destinée aux acteurs qui gravitent autour de la justice, Olivier Jornot a résolument abandonné la posture apaisante des années précédentes. Les hommages n’ont pas fait l’économie d’une dose de franc-parler. Ainsi, la hausse vertigineuse des procédures en lien avec le service des contraventions n’est plus présentée avec des pincettes, comme la dernière fois, mais bien comme le résultat d’un rattrapage rendu nécessaire par le chaos régnant dans cette administration et qui a déjà conduit à la prescription de moult amendes contestées.

Recettes juteuses

Le Conseil d’Etat, représenté jeudi par son vice-président Mauro Poggia, a certes été loué pour sa «collaboration optimale», même si le procureur général reconnaît vouloir toujours plus. Plus tôt dans la matinée, lors d’un exposé réservé à la presse, Olivier Jornot n’a pas manqué de souligner que les confiscations pénales (64,5 millions de francs dont près de la moitié versée en guise de réparations par la société pétrolière Addax pour clore une affaire de corruption) nourrissaient de manière importante les comptes publics et «qu’il n’avait jusqu’ici pas entendu beaucoup de remerciements à ce sujet de la part de l’exécutif». En 2017, deux tiers des coûts de la justice ont ainsi été couverts par les diverses recettes. Une manne forcément incertaine car tributaire des dossiers.

Cibles préférées

Dans le registre de l’ironie compassionnelle, et sans doute en référence à l’agitation permanente au sein de la police, Olivier Jornot a aussi remercié la commandante Monica Bonfanti, «qui a dû toucher le fond…, car elle s’adonne en ce moment à de la plongée sous-marine dans un lieu paradisiaque».

Si cette police fournit beaucoup de travail à la justice pénale par son action sur le terrain, ses membres noient aussi la Chambre administrative de requêtes. Olivier Jornot a relevé que les 325 recours déposés par les inspecteurs contre leur déclassement (mesure finalement abandonnée) n’ont toujours pas été retirés malgré l’accord signé par le Conseil d’Etat et les syndicats. La facture de cette protestation reste visiblement à régler entre les parties.

D’autres flèches ont été décochées. A l’adresse des députés, qui devraient consulter le pouvoir judiciaire avant d’adouber des «dispositions absurdes», régissant par exemple la question de la présence de signes religieux dans les bureaux des magistrats. A l’adresse de la presse aussi, laquelle préfère se gargariser des arrêts du Tribunal fédéral qui cassent les décisions cantonales plutôt que de mettre en avant l’immense majorité des jugements confirmés. Sarcastique mais toujours aussi susceptible.

Le bilan précédent: Olivier Jornot joue l’apaisement