«Une réponse commune à la gauche»

L’historien Olivier Meuwly, spécialiste des mouvements libéraux et radicaux, voit une certaine logique dans la démarche des trois partis: «Ils partagent des valeurs de base qui ne sont pas celles des autres. Ce document commun est une façon de dire que, dans le contexte actuel, les propositions de la gauche ne sont pas acceptables. Que le discours antilibéral de Christian Levrat n’est pas consistant. La gauche a aligné les défaites, par exemple sur l’initiative 1:12, les salaires minimaux ou les forfaits fiscaux. Ces initiatives ont laissé des traces et donnent un sentiment d’instabilité. L’UDC, le PLR et le PDC veulent apporter une réponse à cette instabilité.

»On a tendance à mettre en avant ce qui sépare les trois partis. Et il est vrai que le vote du 9 février 2014 a créé une dissension fondamentale entre eux. Cela ajoute un étage à l’instabilité déjà existante. Je trouve dommage que le préambule de ce paquet de mesures n’y fasse pas allusion. Le PLR et le PDC se contentent ainsi d’un papier insuffisant. Mais j’observe que personne ne veut réveiller le souvenir pénible d’un livre blanc qui ferait croire que le libéralisme est la réponse à tous les problèmes.

»En adhérant à ce programme économique, Christophe Darbellay cherche à se réconcilier avec son aile droite. C’est compréhensible. Le PDC a souffert de son image de parti-pivot qui forme les majorités, un rôle qui l’a mis dans la position de l’essuie-glace, balayant une fois à gauche et une fois à droite.

»Il est néanmoins problématique qu’il se déjuge en quelques semaines, puisqu’il avait fixé comme condition un accord minimal sur l’initiative du 9 février, ce qu’il n’a pas obtenu. La remarque vaut aussi pour Philipp Müller, qui critique l’UDC dans les médias mais signe avec ce parti un train de mesures communes. Ce document n’est cependant pas un traité de paix.

»Et je rappelle que Christian Levrat s’était affiché en 2009 aux côtés de Christoph Blocher et de Nicolas Hayek pour dénoncer ensemble les abus des grandes banques.» Propos recueillis par B. W.