Lorsque Roger Besse naît, en 1932, à Sarreyer, le patois est un héritage encore très vivant de la culture locale. Il l'apprend et le parle couramment en famille. Septante-six ans plus tard, alors que la langue ancestrale s'est peu à peu effacée de l'usage quotidien, il est un des dix «patoisants bons pratiquants» de la vallée qui contribuent au travail de recherche du dictionnaire du patois de Bagnes.

«Le patois, je l'ai appris tout petit, par l'oreille. Mes parents s'exprimaient en patois entre eux. Mon père me parlait en patois. Je me souviens que ma grand-mère avait un vocabulaire très riche, elle puisait dans un répertoire bien antérieur à celui inventorié pour le dictionnaire du patois de Bagnes. Elle était de 1867... Aujourd'hui, au village, je ne peux plus guère parler en patois qu'avec une vingtaine de personnes, dont trois sont réellement de bons patoisants. Au début du XXe siècle, on l'a interdit dans les écoles sous prétexte qu'il était un danger pour l'apprentissage du français. Par la suite, des groupements de défense du patois se sont constitués, heureusement. Ce dictionnaire s'adressera à une catégorie de personnes plutôt cultivées ou à des étudiants. Les scientifiques apportent leurs connaissances étymologiques, tandis que nous, patoisants, témoignons de l'évolution de la langue au fil du temps. On constate par exemple qu'un millier de mots ont disparu sur les douze mille répertoriés pour le dictionnaire. Le patois disparaît, inéluctablement. C'est triste mais que voulez-vous faire?»