A défaut de modifier les opinions sur elle, le départ de Micheline Calmy-Rey aura au moins changé le décor. La Suisse était en campagne électorale pour le parlement, depuis mercredi elle est en campagne pour l’élection au Conseil fédéral.

La succession de l’actuelle présidente de la Confédération, en décembre, va désormais occulter tous les thèmes de campagne. Il s’agit moins du choix du candidat socialiste que de la nouvelle composition du Conseil fédéral. La vacance du siège socialiste romand, couplée à la revendication de l’UDC de retrouver son second fauteuil au gouvernement, désigne de nouveaux enjeux aux élections parlementaires d’octobre.

Maintenir ses deux sièges: voilà désormais le principal argument électoral de la direction du PS. Ce sera le moteur de la mobilisation de l’électorat de gauche. Ainsi, la conseillère fédérale que l’on a décrite comme «peu enthousiaste à mettre les mains dans le cambouis de la politique intérieure» s’en va sur un dernier coup de pouce à son parti.

Reste qu’une éventuelle avancée électorale ne suffira pas à la gauche pour s’assurer du maintien des deux sièges. Des alliances seront nécessaires. Le président Christian Levrat vient de faire un premier geste en reconnaissant le droit de l’UDC à deux conseillers fédéraux. Il lui faudra concrétiser, et donc avoir le courage de sacrifier l’un des ministres sortants.

Eveline Widmer-Schlumpf, avec son minuscule Parti bourgeois-démocratique, est toute désignée. Mais le choix de la victime pourrait aussi se porter sur un des deux libéraux-radicaux, Johann Schneider-Ammann ou Didier Burkhalter, si le PLR ne parvient pas à se redresser. D’où la nécessité pour le PS de ne pas se présenter en partenaire affaibli.

On le voit bien, rarement le vote des électeurs aura eu de répercussion aussi directe sur la composition du Conseil fédéral. La personnalisation de la politique, qu’aura illustrée Micheline Calmy-Rey, nous fait entrer dans une autre logique de désignation du gouvernement, plus fluide, davantage soumise aux changements d’humeur des électeurs. Moins stable, mais plus proche de la réalité du pays. La Suisse bouge. Rassurons-nous, si lentement.