Le Temps: quels sont les moments forts de l'histoire de l'aéroport?

Jean-Pierre Jobin: Je tiens à rendre hommage à Charles Bratschi et à ses deux adjoints de l'époque, qui ont dirigé l'aéroport de 1932 à 1972. Ils ont fait construire en 1937 la première piste revêtue de Suisse, longue de 370 mètres. Et puis ils ont eu cette vision extraordinaire d'inciter le conseiller d'Etat genevois, Louis Casaï, à faire construire par des chômeurs, pendant la guerre de 1943 à 1945, une piste de deux kilomètres. Résultat: dans l'immédiat après-guerre, l'aéroport était prêt à participer activement au développement du transport aérien civil. L'impact de cette vision fut considérable, puisqu'elle a permis le développement de la Genève internationale. D'ailleurs, sans cette piste en dur, jamais les Nations unies n'auraient établi leur siège européen dans la Cité de Calvin en 1946. Avec son équipe, Charles Bratschi a par ailleurs assisté à une évolution technologique incroyable. Imaginez: on est passé du monomoteur au Boeing 747 qui a atterri à Genève pour la première fois en 1971.

– L'autre grande étape, c'est la construction de la nouvelle aérogare…

– Il y a eu tout d'abord l'aérogare construite en 1949 avec une capacité annuelle d'un demi-million de passagers. Un pari fou à l'époque. Puis le chantier de la nouvelle aérogare, conçue en 1960 et mise en service en 1968. Elle fut l'une des plus modernes du monde, avec un concept de satellites révolutionnaires. Malheureusement, on réalisa, peu après son inauguration, qu'elle n'allait pas pouvoir accueillir des avions gros-porteurs, dont la conception a commencé en 1966. Il a fallu par conséquent ériger un pavillon provisoire pour avions gros-porteurs, qui existe aujourd'hui encore. Cet exemple est classique. On construit pour trente ans et une évolution technologique vient tout bouleverser.

– La période de Paul Genton a été moins mouvementée…

– Paul Genton a dirigé l'aéroport de 1977 à 1993, une époque prospère où l'aéroport de Genève vivait en grande partie de Swissair. Il a eu le grand mérite de rétablir la confiance entre l'aéroport et les riverains.

– Votre mandat, lui, aura été plus agité…

– A mon arrivée en effet, l'aéroport de Genève est passé du statut de service de l'Etat à celui d'établissement public autonome. Les 450 personnes qui y travaillaient sont passées du statut de la fonction publique à un statut propre. Cela s'est fait en douceur. Après, il y a bien entendu eu l'affaire Swissair, avec la perte d'une quinzaine de destinations de long-courriers. Puis, enfin, l'arrivée d'EasyJet en 1998. Quant à l'avenir, l'aéroport va pouvoir fournir dès novembre 2006 des prestations meilleur marché dans son terminal pour l'aviation simplifiée.