«On pouvait faire toutes les théories qu'on voulait, la seule chose qui avançait encore, c'était la végétation.» Chef du Service valaisan des transports, Nicolas Mayor l'affirme: l'annonce hier par la région Rhône-Alpes, le canton de Genève et celui du Valais de la fin d'une opération de débroussaillage sur la mythique ligne du Tonkin entre Evian et Saint-Gingolph n'est pas que symbolique. Cet «essouchage» avait pour but en réalité de ne pas insulter l'avenir: fermé en 1999 suite à un accident, alors qu'il n'était plus utilisé que par un train touristique, le tronçon français pourrait bien renaître.

Outre le nettoyage de la plateforme, qui aura duré huit semaines entre novembre et décembre et coûté 400 000 francs, les autorités des trois régions ont présenté un avant-projet visant à une remise en service dès 2010 pour une ligne touristique, et dès 2015 pour une ligne commerciale.

Ouverte en 1859

Longtemps pourtant, les persiflages ont été de mise, les autorités françaises préconisant même de transformer le Tonkin en une piste cyclable. Dans une région où le transport par train représente à peine 1% des déplacements, il n'y avait guère que les Verts à plaider encore la cause de cette ligne ouverte en 1859 et qui doit peut-être son nom à l'ambition d'atteindre, via le Simplon, l'Extrême- Orient. Mais, entre-temps, une étude réalisée en 2006 a montré le potentiel pour un transport transfrontalier régional et le fret léger, avec une estimation de 400 à 800 voyageurs journaliers. Et puis quelque chose a changé: un projet d'une envergure tout autre, le CEVA qui devra relier Genève à Annemasse «à un horizon qui correspond à celui de notre projet de remise en route de la ligne du Tonkin», explique Nicolas Mayor. «Sans le Tonkin, on se retrouverait avec un RER valdo-franco-genevois qui viendrait mourir à Evian. Le Valais est donc très intéressé à ne pas laisser disparaître cette voie d'accès.» Une fois revitalisé le chaînon manquant, il sera en effet possible pour les Valaisans de gagner Genève en train par la rive sud du Léman. Promis lui aussi à la disparition il y a une quinzaine d'années, le tronçon suisse a au contraire bénéficié, depuis, de 25 millions d'investissements.

Entre 45 et 60 millions

Mi-serpent de mer, mi-train fantôme, le Tonkin n'est pourtant pas encore définitivement remis sur les rails, puisque l'avant-projet devra définir notamment la hauteur des investissements et la rentabilité de cette renaissance globalement estimée entre 45 et 60 millions et qui devra recevoir l'aval de toutes les autorités concernées.

Si la remise en marche du Tonkin passera d'abord par un train touristique, c'est que certaines caractéristiques de la ligne interdisent l'ouverture immédiate d'une liaison commerciale: «Par exemple les passages à niveau à l'envers, où c'est le train qui doit s'arrêter, chose amusante pour un convoi touristique mais inimaginable pour un vrai train», explique Nicolas Mayor. Du côté genevois, Fabrice Etienne, en charge du dossier à l'Office de la mobilité, explique que «l'intérêt pour nous serait de voir la ligne nord Lausanne-Genève soulagée surtout lors des heures de pointe, même si les voyageurs faisant le trajet Valais-Genève au quotidien ne sont pas nombreux. Et puis cela s'inscrit dans le cadre d'une mise en réseau, avec notamment le projet CEVA. Il est toujours bon de supprimer les culs-de-sac».