L’absence de stratégie du Conseil fédéral, le manque de coordination et de vision d’ensemble, l’individualisme des conseillers fédéraux, voilà des reproches à l’encontre du Conseil fédéral qui sont souvent revenus l’an dernier de la part des commissions de gestion du parlement.

S’il était encore nécessaire de justifier ces critiques, on pourrait citer le débat sur l’armée et l’acquisition des avions de combat. Il aura occupé le parlement durant toute la session d’automne. Absence de vision à long terme sur les nouvelles menaces, oppositions notoires entre les intérêts du ministre de la Défense Ueli Maurer et ceux des autres chefs de département, incapacité des généraux à chiffrer les conséquences financières dans leur secteur, la gestion de ce dossier fut un chaos total. Même si, au final, Ueli Maurer obtient du parlement bien plus que le gouvernement ne voulait lui attribuer: 5 milliards au lieu de 4,4 et la perspective d’un achat anticipé de 22 avions de combat.

Mais, au cours des semaines, on a vu tour à tour Doris Leuthard, patronne du Département des infrastructures, puis Didier Burkhalter, encore chargé de la Recherche, et enfin Eveline Widmer-Schlumpf, cheffe des Finances, venir défendre la position du Conseil fédéral contre le double jeu du ministre de la Défense. Chacun de ces conseillers fédéraux redoute en effet que l’augmentation du budget militaire s’opère au détriment des Transports, de la Recherche ou de l’Agriculture. Formellement, Ueli Maurer défendait la position du collège. Mais sans jamais fournir un seul argument financier susceptible de faire hésiter les tenants d’une armée forte. A plus d’une reprise, il s’est même avoué satisfait alors que le gouvernement était battu.

Malgré quelques gains, c’est malgré tout le ministre de la Défense qui aura perdu le plus dans ce débat. Bien qu’il se soit engagé depuis plus d’un an à fournir des indications chiffrées pour évaluer les besoins de l’armée et les champs d’économie, Ueli Maurer n’a finalement livré aux députés que quelques vagues chiffres alignés sur une page A4. Des prévisions très incertaines qui misent à la fois sur la surévaluation du franc, des restes de crédits non utilisés et des promesses d’économies. Rien de tangible. Il s’est révélé un ministre faible. Ballotté par les parlementaires. «C’est le chaos programmé pour les années à venir», estiment les plus critiques à droite.

Mais le reste du Conseil fédéral ne peut s’en tirer comme cela. Alors que les revendications des sociétés d’officiers et des défenseurs de la milice pour une augmentation des budgets militaires étaient connues depuis des mois, le Conseil fédéral n’a rien anticipé. On attendait de lui qu’il prépare une contre-offensive, affûte chiffres et arguments, laisse entrevoir qui, des paysans, chercheurs ou usagers des transports allait devoir payer la facture. Il n’en a rien été. Il manque décidément un pilote dans l’avion.