«On dérange la société»

L’accès aux archives n’est pas encore optimal que déjà de nouvelles questions se posent pour les enfants placés jusque dans les années 80. Les victimes vieillissent, certaines ne peuvent plus formuler elles-mêmes leur requête, se déplacer. La nouvelle génération s’intéresse à ce qu’ont pu vivre leurs parents. Au nom d’autres enfants placés, Jean-Louis Claude, membre de la Table ronde, souhaiterait que des tierces personnes puissent entamer des démarches. Ce qui se heurte à des obstacles importants, au nom de la protection des données personnelles, indique Luzius Mader, délégué aux victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance.

«On peut découvrir des choses terribles»

Autre ancien enfant placé, Clément Wieilly met le doigt sur l’accompagnement. Et pas seulement d’un point de vue pratique. «Dans un dossier, lorsqu’il existe, on peut découvrir des choses terribles, comme la méchanceté d’un père qui battait son épouse ou qui l’a abandonnée, comment un des parents est mort. Pour la première fois, vous voyez la signature de votre mère. Ça retourne», raconte-t-il.

Le fondateur de l’association Agir pour la dignité n’est pas satisfait de l’encadrement qui est proposé dans la plupart des cantons. «Les gens sont réticents. Ils sont âgés, peinent à s’exprimer et ne veulent pas d’un accompagnement trop institutionnel après ce qu’ils ont subi. Ils veulent du respect et qu’on leur donne ce qu’ils demandent. On ne propose pas de voir un psychologue à quelqu’un qui songe déjà à la fin de sa vie», estime Clément Wieilly. Lui n’oublie pas l’accueil qui lui a été réservé dans un service étatique: «Aucun respect. On m’a tendu un classeur. Je me suis assis. Mais comme il y avait un terrible va-et-vient autour de moi, je suis devenu fou. J’ai demandé qu’on me photocopie ce dossier pour que je puisse le lire au calme», témoigne-t-il. Et de conclure par une dernière colère: «Encore aujourd’hui, j’ai parfois l’impression qu’on dérange la société.»