Mobilisation

«On n’attendra pas vingt-huit ans»

Galvanisées par leur succès, les organisatrices de la grève des femmes comptent miser sur l’élan historique du 14 juin pour poursuivre leur combat

Comment transformer l’élan de la rue en un mouvement durable? C’est le défi auquel doivent répondre les organisatrices de la grève des femmes. Depuis un an, leur énergie était canalisée vers un objectif: rassembler la foule le 14 juin dans toute la Suisse, au-delà des clivages partisans. Défi relevé. «Nous pensions que cette grève allait être une réussite. Mais son ampleur a dépassé nos attentes. C’est du jamais vu!» souligne Michela Bovolenta, coordinatrice.

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Comment faire, dès lors, pour que le souffle ne retombe pas et que les revendications soient suivies d’actes? Les rendez-vous sont déjà pris au sein des collectifs cantonaux d’organisation de la grève, pour élaborer une stratégie post-14 juin. Une rencontre nationale aura lieu le 24 juin à Berne et une autre, romande, deux jours plus tard.

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«Nous pouvons maintenant compter sur un vaste réseau de femmes déterminées à poursuivre leur engagement», souligne Michela Bovolenta. Particularité de cet événement: il a été organisé par des groupes locaux sans cheffe, d’où l’absence de figures identifiables. Et aussi la difficulté à évaluer le nombre de personnes impliquées.

Qui va donc prendre le relais? «Nous allons conserver nos collectifs. Ce mode d’organisation nous a réussi jusqu’ici et nous permet d’être actives au niveau local et national. Vu l’ampleur de la manifestation du 14 juin, nous nous attendons aussi à ce que d’autres femmes nous rejoignent pour consolider notre réseau», souligne Michela Bovolenta. Et si rien ne bouge, les activistes se tiennent prêtes à recommencer: «Nous n’attendrons pas vingt-huit ans.»

Egalité salariale, congé paternité et violences sexuelles

Le catalogue de revendications élaboré lors des Assises de la grève des femmes du 10 mars dernier sert de feuille de route. Mais parmi les 19 points élaborés, certains apparaissent plus urgents que d’autres. Alors qu’à Berne on discute d’un congé paternité de deux ou quatre semaines, la grève a porté la demande d’un «véritable» congé parental, bien plus ambitieux. L’égalité salariale, réclamée depuis des décennies, figure aussi au rang des priorités. «Le parlement doit se montrer plus volontariste en la matière», estime Léonore Porchet, députée verte au Grand Conseil vaudois et membre du collectif vaudois de la grève des femmes.

Autre chantier: les violences sexuelles. Certaines proposent d’amener cette thématique dans les écoles, à l’aide de cours de sensibilisation. Léonore Porchet appelle de ses vœux une réforme afin de changer la définition du viol dans le Code pénal – jugée trop restrictive – pour y introduire la notion du consentement. «Nous avons déjà réussi à mettre l’égalité à l’agenda comme jamais auparavant. Et nous allons continuer», dit-elle.

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