Surexcité, doué dans l’art oratoire, baigné dans le radicalisme dès le berceau sous la houlette de son père Arthur, autrefois conseiller d’Etat, Léonard Bender range sa verve. Ou plutôt la réserve-t-il à d’autres missions. A 52 ans, non seulement il a choisi de demander la main de sa compagne, Lise, mais il passera aussi beaucoup de temps à «rattraper le retard» sur ses confrères du barreau.

Entre un coup de téléphone du conseiller d’Etat radical genevois François Longchamp, qui le félicite pour la noce annoncée, et un débat au Salon du livre de Genève, le président retraité du Parti libéral-radical valaisan (PLR) nous a reçus hier pour un entretien de clôture.

Le Temps: Léonard Bender, est-ce bien raisonnable de quitter la présidence du parti si vous voulez revendiquer un siège au Conseil d’Etat dans deux ou quatre ans?

Léonard Bender: J’ai probablement beaucoup de défauts. Mais laissez-moi une petite qualité: je fais ce que je dis et je dis ce que je fais. Je prends ma retraite politique. Je ne serai pas candidat au Conseil d’Etat. Il y a parfois un péril dans la politique suisse, c’est de ne pas savoir donner du souffle aux partis. Je suis, comme Vilfredo Pareto, pour la circulation des élites.

– Qualifié «d’étoile montante» en 2000. Retraité en 2009 après avoir échoué au Conseil national puis au Conseil des Etats, cela ne laisse-t-il pas un sentiment de frustration?

– D’abord, je ne considère pas ma campagne au Conseil des Etats, en 2007, comme un échec. J’ai fait le meilleur score que les minoritaires ont jamais fait. Nous nous sommes rapprochés de la pluralité. Durant mes mandats, ma seule ambition a été le militantisme. Aujourd’hui, je rentre dans le rang. Qu’est-ce que je dois faire, un feu de camp, pour que l’on admette enfin que je n’ai pas les ambitions qu’on me prête?

– On vous a parfois perçu davantage comme un «chauffeur de salle» que comme un leader. Quatre ans à la vice-présidence des radicaux suisses ont-ils suffi à combler le boulimique de la politique que vous êtes?

Je crois avoir été très présent sur le plan fédéral. J’ai œuvré pour que le Parti radical réintègre les gouvernements genevois et jurassien. Cela reste mon plus grand bonheur à l’échelle nationale. Vous vous rendez compte! Le gouvernement genevois sans radicaux, c’est comme si aucun PDC ne siégeait au Conseil d’Etat valaisan. Je n’ai ni frustration ni regret. Je me sens empreint de reconnaissance. A l’époque, les délégués du Parti radical suisse ont mis un bleu à la barre, quelqu’un qui n’avait pas de mandat électif. Après deux ans, j’ai été reconduit à l’unanimité. Ce que les gens disent de moi? Cela m’est égal. Je n’essaie pas de me forger une image pour la postérité.

– Comment avez-vous perçu la démission du vice-président Ruedi Noser?

– Ce sont des divergences qui concernent la conduite opérationnelle du parti. Les thèmes de campagne pour les élections fédérales de 2011 avaient été approuvés par l’assemblée des délégués. Si le vice-président a un projet vice-présidentiel en concurrence avec le programme que la base a fixé, c’est son problème. Si Ruedi Noser s’en est allé, c’est qu’il n’y a qu’un seul chef au Parti radical. On ne peut pas être en campagne permanente au sein d’un parti.

– Vous avez accédé à la présidence ad interim des radicaux valaisans en 2001, après plusieurs revers électoraux, dont la perte de son siège au Conseil national. Le parti a-t-il relevé la tête aujourd’hui?

– Je pense qu’on est de retour. Le Parti libéral-radical est enraciné comme il ne l’a jamais été. Les élections communales de 2008 nous ont permis de conserver ou de gagner la présidence de villes importantes – Sierre, Martigny, Saint-Maurice – et la vice-présidence de Monthey.

A Sion, surtout, l’élection de Marcel Maurer a été symboliquement très forte. Un libéral protestant qui ravit la présidence PDC au siège de l’épiscopat. Cela veut dire qu’en politique l’impossible est possible. C’est ça, le Valais nouveau.

– Le PLR n’a pas été aussi conquérant lors des élections cantonales. Vous avez joué la concordance. Vous êtes vendus au PDC?

– Je bats ma coulpe. Je suis vendu au PDC. De même que je lui ai demandé la permission pour ravir la présidence de Sion (rires). L’UDC concourait contre la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten. En quoi la majorité gouvernementale pouvait-elle tomber?

Si l’UDC et le PS veulent amalgamer Freysinger et Rossini, c’est leur affaire. Notre réponse, c’est ce qui sort des urnes. Qu’est-ce qu’elle peut être dérangeante, la vérité des urnes! Les mêmes qui ont stigmatisé Claude Roch et son âge (64 ans) sont aphones quand on parle de Fernand Cuche. Claude Roch est le vrai vainqueur et n’empêche pas la poursuite de la modernisation du parti.

– Lors de votre rabibochage avec Cilette Cretton, candidate dissidente du Parti radical pour le Conseil d’Etat en 2001, vous vous étiez engagés en faveur de l’égalité des chances. Où en est-on?

– L’histoire est en marche. Plusieurs femmes ont intégré la direction du parti: Laetitia Massy, Lise Delaloye, Isabelle Imsand, Chantal Balet. Certaines ont été approchées pour me succéder mais des obligations les en ont empêchées. Le parti est féminisé, rajeuni et en pleine santé. Il y a aujourd’hui cinq à dix personnalités qui ont le profil pour le Conseil d’Etat.

– S’il y a tant de relève, pourquoi, dans ce cas, est-ce Georges Tavernier, un jeune libéral de 28 ans, qui vous a succédé?

– Parce que le mariage est admis par tous. Il y a cinq ans, une telle issue aurait été laborieuse. Aujourd’hui, cela ne fait pas l’objet d’une discussion. Georges Tavernier a été président et fondateur des Jeunesses libérales. Il était vice-président du PLR, licencié en sciences politiques, cadre au Groupe mutuel, et s’est récemment distingué au Conseil général de Sion. Il a le profil.