Le Temps: S’en prendre à des policiers et vandaliser des villes, c’est ça être un bon supporter?

Renaud: On fait des amalgames. Un ultra est dans les gradins pour défendre un club, une couleur. Il appartient à un groupe de potes qui s’est constitué pour l’amour du foot. Il en découle une manière de vivre le stade, de vivre tout court. Il y a tellement de beaux moments dans la vie d’un ultra. C’est déplorable qu’on résume ce mouvement aux actes de vandalisme qui ont émaillé la saison et dont les ultras, pour la grande majorité, ne sont pas responsables.

– Les coupables, ce sont les autres. C’est un peu court comme argumentation, non?

– On n’est pas des anges, mais on n’est pas des crapules. Les ultras sont gouvernés par un code d’honneur. Jeter des bières depuis le train, ce n’est pas dans la mentalité ultra. Il faut faire la part des choses entre les ultras, les hooligans, les suiveurs ou encore les fans d’un jour éméchés. Quant aux combats organisés, si je devais ressentir le besoin de boxer un type dans un sous-bois, je m’inscrirais à un cours de boxe et je me trouverais des sparring partners.

– Vous avez été interdit de stade. Vous avez votre part de responsabilité dans cette réputation…

– J’ai aussi fait le con. J’ai cogné pour me défendre, porté par l’effet de groupe. Je ne veux pas faire dans l’angélisme. Il y a des têtes brûlées, y compris dans le mouvement ultra. Mais je pense que le groupe permet de canaliser les plus fougueux. C’est aussi pour cela que je défends les déplacements en car. Tu connais les gens avec qui tu voyages. Il y a moins de risques de débordements.

– Vu l’ampleur du phénomène, ne faut-il pas être plus répressif avec les supporters violents?

– Non, je garantis que l’interdiction de stade est la punition la plus dure à vivre pour un passionné de football. Si on parle de durcir les peines, alors durcissons-les pour le commun des mortels. Pourquoi focalise-t-on sur le stade? Parce que c’est hypermédiatique et porteur politiquement? Certaines personnes posent de vrais problèmes aux autorités, mais ces mêmes autorités vont parfois aussi beaucoup trop loin avec nous, comme lorsqu’elles publient sur leurs sites les photos de supporters soupçonnés, sans que leur responsabilité soit clairement établie. C’est injuste.