Avec la Fête du travail, c'est l'autre star du 1er mai: le muguet. Fleur porte-bonheur, elle se vend chaque année par centaines de milliers en Suisse. À La Sarraz, dans le canton de Vaud, André Pittet est le plus grand producteur des petites clochettes en Suisse romande. Il raconte.

«La production de muguet est à la fois très simple et très compliquée. Les griffes (souches ou racines, ndlr) congelées proviennent d'Allemagne du Nord et arrivent partiellement décongelées chez moi autour du 10 mars dans des caisses en bois à la suite du voyage. Une fois complètement décongelées, on les rempote à la main, quatre griffes par pot», explique André Pittet.

Depuis le départ d'Allemagne, la floraison met entre un mois et demi et deux mois, précise le producteur de fleurs de La Sarraz. C'est la gestion du climat qui est primordiale pour que le muguet soit prêt au 1er mai. «Alors que la fleur pousse gentiment, il s'agit de savoir si on chauffe ou pas sous les serres. Tout va dépendre de la température extérieure et de l'ensoleillement».

A l'état sauvage dans la nature, les petites fleurs blanches porte-bonheur, au parfum de musc, arrivent à une parfaite floraison pour le 1er mai seulement une année sur dix en moyenne, ajoute-t-il.

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Un peu d'ombre et de fraîcheur

Pourquoi viennent-elles d'Allemagne? «Le climat tempéré du nord, notamment autour d'Hambourg, est parfait pour le muguet. Il ne faut pas trop de chaleur et surtout pas d'exposition en plein soleil», relève l'horticulteur vaudois. Pour ceux qui achètent le muguet en pot, il recommande d'ailleurs de le replanter côté nord, plutôt à l'ombre ou un endroit mi-ombragé, un peu au frais.

Cette année, ce ne sont pas moins de 43 000 pots de quatre bouquets qui ont été produits à La Sarraz. Ils ont été vendus chez différents clients - supermarchés, centres de jardinage et fleuristes -, pour 70% environ en Suisse romande et le reste en Suisse alémanique.

«Comme la vente du muguet est liée à la Fête du travail, très marquée en France, plus on est proche de la France, plus on en vend. Et plus on s'éloigne des régions limitrophes, moins on en vend", fait-il remarquer. Les meilleures ventes se font ainsi dans les cantons francophones, Genève, Vaud et Neuchâtel en tête. "En Suisse alémanique, c'est plutôt une fleur qui annonce le printemps», dit-il.

Marché de niche

Pour André Pittet, la vente des petites clochettes blanches est un marché de niche. Cela représente seulement entre 5 et 8% de son chiffre d'affaires annuel global. En revanche, elles lui sont commandées une année en avance: il est donc sûr de les vendre. «C'est un avantage dans notre métier», souligne-t-il.

Cela fait bientôt 25 ans que ce passionné de fleurs a développé sa production du muguet. «Ça tombe bien dans mon planning annuel de production par rapport aux autres fleurs. J'ai toujours un peu de place dans mes serres à cette période précise».

De l'Antiquité à la Renaissance

Si la tradition d'offrir du muguet le 1er mai s'est largement perpétuée dès 1936 en France, date de l'introduction des congés payés, elle remonte en fait à bien plus loin. Déjà, le 1er mai en tant que tel est une date importante et symbolique depuis l'Antiquité, rappelle le site swissflowers.ch. Elle correspond au jour où les navigateurs reprenaient la mer.

Dans la Rome antique, les célébrations de la déesse Flora atteignaient leur sommet le 1er mai. Pour d'autres cultures comme les Celtes, le 1er mai est le premier jour de l'été. C'est donc un jour-clé qui annonce la venue des beaux jours après l'hiver.

Fleur venant du Japon, le muguet, lui, est présent en Europe depuis le Moyen-Age. Mais c'est à la Renaissance que l'on retrouve une tradition d'offrir cette fleur. En 1560, le roi Charles IX reçut d'un chevalier un brin de muguet cueilli dans son jardin en guise de porte-bonheur. L'année suivante, le roi décida d'en faire de même le 1er mai et offrit aux dames de la cour cette fleur blanche et odorante en ajoutant: «Qu'il en soit fait ainsi chaque année».