Les entretiens de la Maison de Watteville, au cours desquels une délégation du Conseil fédéral rencontre les représentants des partis gouvernementaux à la veille de chaque session des Chambres, ont porté vendredi sur les relations avec l'Union européenne et notamment le différend fiscal, ainsi que sur les accords de libre-échange.

Echec mémorable

Les radicaux sont parvenus de façon surprenante à faire figurer à l'ordre du jour l'idée de remettre sur le métier la négociation d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Accord dont l'échec avait terni la fin de la carrière de Joseph Deiss, lâché dans cette aventure par tous ses collègues au Conseil fédéral.

Cette proposition a reçu un accueil plutôt frais de la part des autres partis. Le parti socialiste est plus favorable au multilatéralisme, en l'occurrence à un accord à l'Organisation mondiale du commerce. Le PDC et l'UDC sont gênés aux entournures par le souci de leur électorat paysan. Joseph Deiss avait toujours prétendu que les Etats-Unis n'accepteraient aucune flexibilité sur le volet agricole d'un tel accord, qui terrifiait les campagnes.

L'idée de négocier un accord de libre-échange agricole avec l'Union européenne était du reste née des difficultés rencontrées avec les Etats-Unis. Mais entre-temps, argumentent les radicaux, qui s'apprêtent à déposer une motion lors de la prochaine session des Chambres fédérales, les Etats-Unis ont justement fait preuve d'une telle flexibilité dans leurs négociations avec le Maroc et la Corée du Sud.

Du côté du Conseil fédéral, Doris Leuthard n'a guère envie de s'aventurer sur un terrain qui fut fatal à son prédécesseur à la tête du Département de l'économie. Les priorités du gouvernement vont plutôt aux pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et au Japon, parallèlement aux négociations multilatérales.

Derniers délais

La proposition radicale, qui est conçue comme un signal politique à inscrire dans le volet de son programme électoral consacré à la Suisse de l'ouverture, repose sur des bases très spéculatives. La procédure dite du «fast track» qui permet au gouvernement américain de négocier rapidement de tels accords, se termine au mois de juin et sa prolongation est hypothétique. Sans cela, la reprise d'une négociation incomberait à l'équipe présidentielle qui succédera à celle de Georges Bush.

Pour le reste, des divergences sont surtout apparues entre le PS et l'UDC à propos de l'attitude à adopter avec l'Union européenne sur le contentieux fiscal qui l'oppose à la Suisse. L'UDC estime que le dialogue avec l'Union européenne est allé trop loin et voudrait freiner les discussions et les négociations avec Bruxelles, sans afficher une position très cohérente en la matière, affirment les autres partis gouvernementaux. Quant aux socialistes, ils s'insurgent d'ores et déjà contre l'idée émise par Hans-Rudolf Merz de régler le conflit par une modification autonome de la fiscalité des entreprises.