Dans le monde politique, à gauche comme à droite, on est plutôt critique. Seul le conseiller national socialiste Jean-Charles Rielle, fer de lance de l'initiative contre la fumée passive, trouve un aspect positif à la situation: «Je salue le Conseil d'Etat qui a cru bien faire en prenant ses responsabilités par rapport à 80% de la population, qui a demandé d'être protégée. Le Tribunal fédéral en a décidé autrement, mais il ne remet pas en cause la toxicité de la cigarette, ni la nécessité de protéger la population», poursuit le médecin responsable du Cipret Genève. Au Grand Conseil, dit-il, de reprendre le flambeau: «Les députés savent ce qui leur reste à faire pour répondre à la population.»

Pourtant, le débat sur la loi interdisant la fumée dans les établissements publics promet d'être tendu. Contexte: le Conseil d'Etat à majorité de gauche défendra son projet devant un parlement à majorité de droite, et tout cela dans la perspective des élections cantonales de l'automne 2009. Certains élus ont bien l'intention de profiter du cafouillage pour assouplir la loi.

Ils seront encouragés par le président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, Laurent Terlinchamp, qui réclamera des fumoirs et des terrasses avec chauffage «pour que l'on cesse de forcer les gens à arrêter de fumer en les mettant dans des congélateurs».

«Des gens légers»

Dans les rangs libéraux, où l'on trouve les plus fervents opposants à la prohibition du tabac, on affûte déjà ses armes. Chef de groupe au Grand Conseil, Ivan Slatkine, affirme que les conseillers d'Etat «passent pour des gens légers». Il entend profiter du prochain débat au parlement pour proposer de prévoir «deux ou trois endroits dans le canton où les gens peuvent aller fumer». L'élu estime que les rassemblements de fumeurs devant les bistrots créent des nuisances inacceptables.

Président des libéraux genevois et député, Michel Halpérin se réjouit de mener un débat «plus libre que celui qui a eu lieu jusqu'à présent». Estimant que le règlement du Conseil d'Etat était «aux limites de la tyrannie», l'élu se réjouit qu'«un grain de sable soit venu gripper la machine».

Parmi les plus fervents opposants à l'initiative, le conseiller national libéral Christian Lüscher se désole de «cet immense gâchis» et affirme qu'en mars 2007 déjà, quand le TF avait rejeté son recours contre la recevabilité de l'initiative, «il avait affirmé qu'une liste d'exceptions devait être incorporée et qu'elle devait faire l'objet d'une loi. Le Conseil d'Etat a cédé sous la pression des milieux anti-tabac», critique-t-il.

«De bonne volonté»

Dans d'autres partis de droite, on est un peu plus modéré. Chef de groupe des radicaux, Gabriel Barrillier souligne que le peuple a tout de même plébiscité l'interdiction. Mais, dit-il, «on est peut-être allé trop loin, trop vite, trop lourdement. Au Grand Conseil, il faudra faire des compromis entre la liberté individuelle et la santé publique». Pour le radical, «ces tribulations à Genève et dans d'autres cantons démontrent surtout que le fédéralisme a atteint ses limites: il est temps que l'on trouve une solution fédérale.»

Au PDC, le député Guy Mettan est moins sévère: «Le Conseil d'Etat avait pris une décision qui avantageait la santé publique. Peut-être était-elle un peu prématurée, mais cela paraît de toute façon difficile de revenir en arrière: lutter pour aménager davantage d'exceptions serait un combat d'arrière-garde», s'exclame-t-il.

Au PS, la cheffe de groupe Anne Emery-Torracinta juge la situation «embêtante: je m'étonne que le Conseil d'Etat, qui a déjà été confronté à des initiatives constitutionnelles, n'ait pas anticipé le problème juridique que poserait son règlement. Avec ce retour en arrière, nous sommes ridicules». La socialiste plaide dès lors pour une accélération du processus parlementaire.