Les places de gare, centre névralgique du trafic et espace commercial, peuvent-elles prétendre au même niveau architectural que les autres lieux publics de la ville? Leur position est en fait intenable. «La gare tient le même rôle qu'un aéroport, et, sur le plan architectural, il n'y a rien de plus désolant qu'un aéroport. Leur aménagement est très fonctionnel, au détriment de la qualité de l'espace urbain», explique Bernard Gachet, professeur à l'Ecole d'architecture et design de Lausanne. Il semble que fonctionnalité et esthétisme urbain n'aillent tout simplement pas de pair.

«La place d'une gare constitue un grand lieu de rencontres, de transit, de repère. Malheureusement, malgré les efforts qui sont faits, elle reste un espace pratique, fonctionnel. Ce qui compte, c'est de circuler, de passer de la voiture au train. Le fonctionnalisme reprend toujours le dessus», souligne René Vittone, professeur au département d'architecture de l'EPFL, qui ajoute que là-dessus vient se greffer le conflit entre extérieur et intérieur. «On a envoyé le piéton sous terre, on en a fait une taupe.» «On a tout disposé à l'intérieur des gares, pôles économiques et commerciaux, au détriment des places. Il y a sans doute une réflexion à faire, mais les efforts dans ce sens-là ne sont pas concluants. Quand je vois Berne, Lausanne, Genève… c'est très décevant», conclut Bernard Gachet.