Alcool

On pourra boire un verre sur l’autoroute

Les milieux de la prévention hurlent contre la décision des Chambres fédérales d’autoriser la vente de vin et de bière sur les aires d’autoroute

On pourra consommer de l’alcool dans les relais autoroutiers. Le Conseil fédéral est prié par les Chambres fédérales de modifier la loi dans ce sens. Après le Conseil national en juin, le Conseil des Etats a donné suite mercredi, par 26 voix contre 14 et une abstention, à une motion de la Commission des transports du National qui demande la levée de cette interdiction.

Cette perspective fait hurler les milieux de la prévention. Addiction Suisse et la Croix-Bleue expriment leur «incompréhension». «Il existe un lien direct entre la consommation d’alcool sur la route et les accidents graves», affirme la première nommée. Les accidents qui se produisent sur les autoroutes sont davantage liés à la vitesse qu’à l’alcool, répliquent les partisans de la levée de cette interdiction.

La concurrence économique comme aiguillon

Cette décision est avant tout motivée par des raisons de concurrence économique. Les exploitants des restoroutes seraient désavantagés par rapport aux restaurateurs qui possèdent un établissement public à proximité du réseau autoroutier, mais à l’extérieur de celui-ci. «Il y a en Suisse une sortie tous les quatre kilomètres environ. Il est facile de quitter l’autoroute pour aller boire un verre tout près», plaide le conseiller aux Etats Werner Hösli (UDC/GL). La conseillère fédérale Doris Leuthard, favorable à cet assouplissement législatif, souligne que «les stations-service ont l’autorisation de vendre de l’alcool sans que cela contribue pour autant à augmenter les accidents. Il y avait beaucoup d’accidents avant que la limite maximale d’alcoolémie soit abaissée à 0,5‰.»

La controverse

La décision des Chambres restera longtemps controversée. Mercredi, Claude Hêche (PS/JU) a dénoncé «le cynisme qui consiste à faire de l’alcool une arme pour se battre sur le marché de la concurrence alors que la responsabilité collective consiste à protéger l’enfant et le citoyen qui pourrait se trouver sur la route d’un chauffard qui a bu».

La Croix-Bleue rappelle de son côté que l’interdiction de l’alcool sur les aires d’autoroute s’inscrit dans le cadre des mesures de prévention prises par la Confédération pour lutter contre les dangers de la route. Elle cite le programme Via Sicura. Il faut préciser à ce sujet que ce catalogue de mesures a fait l’objet de nombreuses critiques pour sa sévérité. De sorte que le Conseil fédéral lui-même s’est dit prêt, dans un rapport publié en juin, à revoir la rigidité des peines applicables aux chauffards afin que les tribunaux disposent d’un «plus grand pouvoir d’appréciation».

L’exception du Chablais

Le Conseil fédéral devra donc aussi modifier la loi afin d’autoriser la vente d’alcool sur les autoroutes. L’interdiction remonte au tout début de la construction du réseau autoroutier. Elle a été prononcée en 1964. Une exception fut admise en 1982 pour le relais du Chablais, à Yvorne, récemment rasé et en cours de reconstruction. Le gouvernement vaudois avait autorisé le service d’un verre de vin ou d’une bière aux clients qui prenaient un repas sur place. Après un recours du Département fédéral de l’intérieur, le Tribunal fédéral mit cependant un terme à cette pratique l’année suivante.

Publicité