Au début de l'année, la Commission fédérale des étrangers et celle des réfugiés ont fusionné et donné naissance à la Commission fédérale pour les questions de migration. Son président, Francis Matthey, évoque les défis qu'elle compte relever. Et profite de la campagne sur les naturalisations pour appeler à une plus grande mobilisation contre les revendications de l'UDC.

Le Temps: Vous craignez qu'un oui à l'initiative de l'UDC nuise sérieusement à politique des étrangers et appelez à la mobilisation contre le texte. Une commission fédérale n'est-elle pas censée être plus neutre?

Francis Matthey:Non. Notre mission est de maintenir les liens entre les Suisses et la population étrangère, or ce texte menace clairement notre cohésion sociale. Les conséquences d'un oui à l'initiative sont sous-estimées. Les opposants se mobilisent peu. Or, si l'UDC parvient à ses fins, 2700 communes seront sous pression pour revoir leur procédure de naturalisation et le parti en profitera pour maintenir sa politique de suspicion à l'égard des étrangers. Nous devons réagir. Pour préserver notre crédibilité et notre dignité vis-à-vis de l'extérieur.

- Votre commission compte également intervenir sur le dossier des contingents de réfugiés. Quelles sont vos propositions?

- Notre groupe de travail fera des recommandations concrètes cet automne, sur la base d'un rapport de l'ex-Commission des réfugiés. Nous espérons que la Suisse renouera avec une politique des contingents, abandonnée dans les années 90, à cause de l'afflux de demandeurs d'asile de l'ex-Yougoslavie.

- Christoph Blocher s'est toujours opposé à cette politique. Pensez-vous qu'Eveline Widmer-Schlumpf se montrera plus généreuse?

- Je n'ai pas encore pu directement en parler avec elle, mais nous l'espérons. La Suisse ne devrait plus faire face à un afflux massif de requérants. Elle devrait donc répondre à la demande de l'ONU d'accueillir pendant une certaine durée des groupes de réfugiés, ne serait-ce qu'au nom de la solidarité internationale.

- Dire oui aux contingents ne signifierait-il pas serrer la vis ailleurs?

- Cela ne devrait pas être le cas, puisque les demandes d'asile se sont stabilisées. Il y aura en revanche des questions de coûts et d'accueil à régler au niveau des cantons et des communes. Nous sommes conscients qu'il ne sera pas facile de convaincre le Conseil fédéral; en mai 2007, Micheline Calmy-Rey n'avait pas réussi à faire passer sa proposition d'accueillir 500 Irakiens.

- L'intégration des étrangers est un de vos thèmes phares. Etes-vous en faveur d'une généralisation des «contrats d'intégration» qui se développent en Suisse alémanique?

- Non, nous sommes sceptiques. Ces «contrats» ne s'adressent qu'aux ressortissants de pays non européens et aux moins qualifiés. Cette distinction et les sanctions prévues nous déplaisent. Même si nous sommes conscients que certains étrangers peinent à s'intégrer sans une certaine forme de contrainte.

- Vous avez déclaré mardi vouloir demander plus de moyens à Eveline Widmer-Schlumpf. Est-ce vraiment nécessaire?

- Si nous voulons faire notre travail correctement, oui. Depuis la fusion, l'essentiel de la gestion des projets d'intégration a été transféré à l'ODM. Nous n'avons plus que quatre postes de travail et un budget de près de 400 000 francs. Or, si nous voulons remplir notre mandat, nous devrions en tout cas avoir un

à deux postes de plus.