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On a testé les applications contre le harcèlement de rue

La ville de Lausanne lançait lundi dernier son «application anti-harcèlement de rue» à destination des témoins et des victimes de ces comportements inappropriés dans l’espace public. Une initiative salutaire qui rencontre pourtant plusieurs limites

Le 25 novembre dernier, les autorités lausannoises ont annoncé le lancement d’une nouvelle plateforme visant à lutter contre le harcèlement de rue dans la capitale vaudoise. Une initiative qui n’est pas sans rappeler celle introduite par l’association EyesUp avec son application du même nom développée en juin dernier.

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Via un questionnaire, les deux plateformes offrent de manière presque similaire la possibilité de signaler en quelques clics des faits de harcèlement de rue, en tant que victime ou témoin.

On retrouve sur EyesUp une liste de 18 actes pouvant être signalés avec un degré de gravité différent, de la «salutation/regard déplacé» à la «menace de viol», en passant par «l’acte raciste», homophobe ou encore transphobe.

Une fois l’une des situations choisies, des précisions sont demandées, notamment la cible, l’auteur, le lieu, le ressenti… Une logique quasiment identique pour le service de signalement pensé par la ville de Lausanne, qui prévoit un formulaire en 11 étapes au terme duquel le témoin ou la victime pourront être contactés par l’Observatoire de la sécurité s’ils le souhaitent.

Recours aux autorités en cas de danger

Contrairement à EyesUp, le dispositif impulsé par les autorités lausannoises n’est pas une application proprement dite, mais l’un des services de l’application Ville de Lausanne disponible sur Android et l’Apple Store. La nuance confère à EyesUp un léger avantage ergonomique, où la navigation se révèle bien plus intuitive. Sur la première, il faut chercher quelques instants avant de trouver l’onglet «harcèlement de rue», presque caché au milieu de la page. Regrettable lorsque la démarche revêt un caractère d’urgence, voire de danger.

Les deux systèmes mettent cependant rapidement en garde. «En cas de danger immédiat, appelez le 117», rappelle la plateforme de signalement lausannoise, qui confirme ne pas mettre une victime en danger physique en relation directe avec la police. Idem pour EyesUp, qui renvoie explicitement à la police comme première répondante en cas d’atteinte à l’intégrité physique ou dans des situations incriminantes.

Après avoir signalé sur EyesUp une insulte à caractère raciste dans les transports en commun, un message apparaît à la fin de la démarche: «Ton signalement a bien été reçu, nous te remercions! Il nous sera extrêmement utile pour créer des statistiques sur le harcèlement sexuel et aider à lutter contre ce problème…»

Il est similaire sur l’application de la ville de Lausanne: «Merci d’avoir pris le temps de signaler ces faits. Votre contribution est précieuse pour lutter contre le harcèlement de rue à Lausanne.» Une conclusion légèrement saumâtre lorsqu’une victime utilisatrice de l’application s’attend à recevoir une aide ou un secours directs.

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633 actes de harcèlement

Une nuance entre les deux plateformes suisses réside dans la destination de la récolte de ces données statistiques. Si EyesUp affirme sa volonté «de documenter les occurrences de harcèlement sexuel pour les rendre plus réelles et visibles», «seul l’Observatoire de la sécurité a accès aux informations que vous transmettez à l’aide du formulaire, qui seront traitées en toute confidentialité. Ces informations anonymisées pourront être utilisées à des fins statistiques», détaille la ville de Lausanne.

En septembre dernier, EyesUp a publié ses premiers résultats. Et l’application aurait permis de signaler 633 actes de harcèlement. Depuis son lancement, des actes d’agression ont été signalés quasiment tous les jours.

Côté français, une application anti-harcèlement, HandsAway, a également été développée en 2016. Elle permet à des victimes de poster de manière anonyme une alerte géolocalisée suite à une agression. La spécificité, ici: le caractère interactif. En recevant les alertes, les utilisateurs peuvent alors interagir et échanger avec la victime et localiser les lieux potentiels de danger.

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