Heba Morayef travaille pour Human Rights Watch. Basée au Caire, elle était récemment en contact avec les otages. Elle a pu les rencontrer en décembre.

-Le Temps: Avez-vous eu des contacts avec Rachid Hamdani et Max Göldi depuis les événements de lundi?

Heba Morayef: Depuis que Max Göldi a été emmené en prison et que Rachid Hamdani a pu quitter la Libye, non. Je communiquais avec eux par Skype, moyen plus sûr que les téléphones portables, qui sont surveillés. Mais je n’ai pas réussi à les joindre hier. En décembre, j’ai par contre pu les voir à l’ambassade de Suisse à Tripoli. Human Rights Watch est une des seules organisations non gouvernementales à pouvoir travailler sur place, mais dans des conditions difficiles. Nous avons fait un rapport sur la Libye en 2005 et un deuxième en avril 2009. Mais nous souhaitions pouvoir nous entretenir avec Rachid Hamdani et Max Göldi, ce qui nous a finalement été permis. L’ambassade était surveillée. Et les deux otages, éprouvés par leur kidnapping et leur séjour dans un lieu «secret», ne voulaient à ce moment-là pas quitter les locaux. Ils avaient peur de se rendre au tribunal.

- Que pensez-vous des déclarations surprenantes que Rachid Hamdani aurait faites avant de quitter Tripoli? Selon certaines sources il aurait dit: «Par mon séjour à l’ambassade helvétique, le gouvernement suisse m’a mené à une impasse, ce qui a compliqué encore les problèmes». Et il aurait démenti avoir été «détenu». A-t-il été manipulé?

- Ces propos musclés ont été relayés par Jana, l’agence de presse officielle libyenne, dont il faut se méfier. On peut très bien imaginer que les citations de Rachid Hamdani ont été déformées ou qu’il a été mis sous pression psychologique pour les tenir. Cela fait peut-être aussi partie d’une sorte d’arrangement avec les Libyens pour pouvoir partir...

- Vous ne croyez donc pas qu’il ait pu tenir ces propos contre la Suisse?(NDLR: interrogé quelques heures plus tard par la Télévision Suisse Romande, Rachid Hamdani n’a à aucun moment manifesté le moindre ressentiment vis-à-vis du gouvernement suisse)

- Ces propos me laissent vraiment perplexe. Souvenez-vous: les infirmières bulgares avaient elles aussi tenu des propos positifs à l’égard de la Libye avant leur libération…