Genève

A Onex, le PLR fourbit ses armes après la défaite d’Eric Stauffer

Plongée dans le fief du bouillant MCG, qui devra probablement quitter la mairie au deuxième tour des élections. Car droite et gauche risquent de s’allier contre lui.

Le PLR fourbit ses armes contre «l’animal blessé»

Dans les rues d’Onex hier après-midi, il y avait presque autant d’élus que d’électeurs. A part une retraitée qui, sous l’influence de sa famille, n’a pas voté pour Eric Stauffer, s’en mord les doigts et promet de corriger cette erreur au second tour; une dame d’origine portugaise qui a voté pour lui et «serait déçue s’il ne passe pas, parce qu’on s’est habitué à le voir partout et qu’on est d’accord avec son slogan «Zéro frontalier»; un étudiant qui, par conviction, ne glissera jamais de Mouvement Citoyens genevois (MCG) dans l’urne; et des passants que la chose politique n’affole pas; à part ceux-là, il y a des élus PLR qui fourbissent leurs armes, après avoir gagné deux sièges au Municipal et poussé l’un des leurs à l’exécutif devant Eric Stauffer.

D’abord Frédéric Duret, élu au Municipal, heureux, pressé: «La preuve est faite que les électeurs ont sanctionné Eric Stauffer et pas son parti, puisque le MCG maintient ses 8 sièges.» Pour le nouvel élu, pas de doute: le slogan «Zéro frontalier» était le slogan de trop, agressif en diable, celui qui a coûté son fauteuil à Eric Stauffer. Une analyse que valide le politologue Pascal Sciarini, de l’Université de Genève: «Cette tactique est catastrophique s’il s’agit d’aller chercher des voix à l’extérieur de son électorat de base. C’est un suicide politique. Eric Stauffer est en train de vivre ce que Christoph Blocher a vécu en 2007, pour avoir confondu le rôle de magistrat avec celui de chef de file trublion.»

Un peu plus loin, voici le PLR François Mumenthaler, heureux, pressé, sorti troisième à l’exécutif devant Eric Stauffer. Traité hier dans nos colonnes par ce dernier de «Putzfrau» de la gauche, il lui renvoie le compliment: «A ce compte-là, il a aussi été pendant quatre ans la «Putzfrau» de Mmes Carole-Anne Kast, socialiste, et Ruth Bänziger, Verte!» Plus sérieusement, François Mumenthaler confie que son parti se dirige vers une alliance à quatre, avec le PDC, le PS et les Verts. «Ce n’est pas pour virer Eric Stauffer, mais pour tenter de trouver trois personnes capables de trouver une majorité pour gouverner. Car quoi qu’on en dise, le trio avec Stauffer n’était pas le dream team qu’il disait. Il y a eu deux contentieux entre eux pendant cette législature.» Pour autant, il ne pavoise pas encore: «Eric Stauffer a de la ressource, et c’est aujourd’hui un animal blessé.»

Seul contre tous

A deux pas de là, à la mairie, l’animal blessé a de l’énergie à revendre: «Ils sont capables d’alliances contre-nature uniquement pour me barrer la route. Mais ça va en énerver plus d’un, car les gens ne sont pas dupes!» Et le maire de rappeler l’excellence de son bilan. Pour autant, il faudrait un miracle pour le reconduire à la mairie, seul contre tous. Car lorsque les irréductibles finissent par conclure une alliance pour venir à bout du tiers agitateur, la messe est dite. «Ne pas pouvoir conclure d’alliances, c’est le prix à payer pour être contestataire et conserver un profil musclé, explique Pascal Sciarini. Mais rentrer dans le rang présente aussi des désavantages. Celle de perdre un électorat très mobilisé. C’est la problématique de l’UDC.» Même si le MCG a perdu 9 sièges au niveau cantonal (de 73 à 64) et disparaît dans quatre communes, c’est encore un «score honorable», note Pascal Sciarini, «pour un parti qui a exploité presque complètement son potentiel, aux alentours des 25%». Dure, l’apogée.

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