Santé

A Onex, une maison de soins joue les pionniers

Plusieurs cantons romands, dont Genève, Vaud et Jura, planchent sur le modèle du centre de premier recours, de manière à éviter les hospitalisations inutiles. Reportage à Onex, où Cité générations joue les pionniers

Dans l’une des sept chambres médicalisées de la maison de santé d’Onex, Lucienne Khatis joue au scrabble. Suite à un accident vasculaire cardiaque survenu voici quatre ans, elle souffre de pertes d’équilibre. Agée de 85 ans, elle a donc dû quitter provisoirement son studio des Palettes au Grand-Lancy. Elle passe ici quelques jours après avoir fait des pics d’hypertension. Elle y est suivie par son médecin traitant qui travaille sur place. Malgré ses ennuis de santé, elle prend la vie du bon côté et utilise sa «Ferrari» – comprenez: son déambulateur – lorsqu’elle a besoin de se déplacer. «Ici, on n’est ni un numéro ni une personne âgée», se réjouit cette ancienne infirmière.

Accueil chaleureux et personnalisé

A la maison de santé d’Onex, baptisée «Cité générations», l’accueil est chaleureux et personnalisé, à l’opposé de l’anonymat intimidant d’un grand hôpital. Cette structure intermédiaire entre le domicile et l’hôpital a vu le jour en 2012 sous l’impulsion du médecin Philippe Schaller, un pionnier des soins intégrés dans le canton de Genève. Après avoir passé un master à Montréal, ce Jurassien d’origine a été chargé par le Département genevois de la santé de réfléchir à la prise en charge de la personne âgée et de dessiner l’établissement médico-social du futur. C’est dans ce cadre qu’il a esquissé le concept d’une des premières maisons de la santé en Suisse.

Différents acteurs de la santé regroupés

«Nous pouvons dispenser, au sein de Cité générations, l’ensemble des soins en faveur de la population régionale», déclare Philippe Schaller. La maison de santé, qui couvre un bassin de population d’environ 20 000 habitants, est le chaînon manquant de l’organisation ambulatoire, complémentaire aux cabinets des médecins et à l’hôpital.

Elle n’a certes pas de service de soins intensifs avec un plateau chirurgical technique. Mais elle regroupe de nombreux acteurs de la santé, pour la plupart privés: un groupe médical pluridisciplinaire ouvert tous les jours de la semaine de 7h à 23h, une institution de maintien à domicile (imad), un centre d’imagerie médicale, un pôle «santé de la femme», un centre de pédiatrie et une pharmacie notamment. Surtout, elle a innové avec cette Unité d’accueil temporaire médicalisée offrant sept lits, mais qui, en raison de la forte demande, hospitalise chaque jour environ dix patients très fragiles.

Structures hospitalières pas adaptées pour le très grand âge

Les structures hospitalières, notamment universitaires, ne sont pas adaptées pour le très grand âge. «Leur qualité intrinsèque est certes très bonne, mais elles sont trop lourdes pour répondre de manière adéquate aux besoins de la personne âgée polymorbide – soit souffrant de plusieurs maladies chroniques – et dépendante. Celle-ci a besoin d’une petite structure à taille humaine comme à Onex», relève Philippe Schaller.

«Ici, plus de 80% de nos patients ne veulent pas aller à l’hôpital. En leur offrant des lits médicalisés, nous leur évitons un déracinement qui est source d’angoisse», relève Nadir Boumendjel, un médecin qui a travaillé avec Charles-Henri Rapin, un pionnier de la gériatrie communautaire. «La maison de santé est donc une vraie innovation sociale», ajoute Philippe Schaller.

Dans cette unité de lits médicalisés, une journée coûte environ 400 francs, soit au minimum deux fois moins que dans une structure hospitalière de soins aigus

Pour ce qui est des tarifs, Cité générations a présenté son compte d’exploitation aux caisses maladie avant de le faire avaliser par le canton, qui paie 55% de la facture. «Dans cette unité de lits médicalisés, une journée coûte environ 400 francs, soit au minimum deux fois moins que dans une structure hospitalière de soins aigus», résume Philippe Schaller. De plus, la durée de séjour, d’environ six jours en moyenne, est souvent plus courte que dans un hôpital classique pour ces patients très âgés.

Un modèle qui intéresse

Plusieurs cantons romands travaillent désormais sur ce modèle de maison de santé. Genève espère formaliser une collaboration privé-public ces prochains mois. «Nous sommes prêts à entrer en matière sur le fait qu’un centre de premier recours soit assuré en partie par des privés. L’Etat pourrait en financer des prestations non rentables, mais utiles pour la collectivité comme le service de garde 24h sur 24», déclare Adrien Bron, directeur général de la santé du canton de Genève. Le concept prévoit plusieurs maisons réparties sur tout le territoire du canton offrant aussi des lits médicalisés d’observation. «Nous croyons à cette prise en charge proche du patient, sans rupture de la chaîne de soins, afin d’éviter des hospitalisations», ajoute Adrien Bron. Celui-ci précise toutefois: «Les maisons de santé qui existent aujourd’hui n’ont pas encore apporté de modèle privé-public viable. Notre but est justement de trouver un modèle pérenne.»

Pour sa part, le canton de Vaud a lancé une vaste consultation sur une réforme du système de santé et notamment de la prise en charge des personnes âges dans la communauté. Directrice du Service de la santé publique, Stéfanie Monod partage le constat de Philippe Schaller selon lequel l’hôpital n’est souvent pas le lieu le plus adéquat pour accueillir la personne âgée: «Pour celle-ci, l’hôpital, très high-tech, dense et technique, est générateur de déclin fonctionnel», note-t-elle. «C’est la raison pour laquelle nous envisageons des maisons de médecine de premier recours – avec des lits d’observation – adossées aux hôpitaux régionaux dans les quatre régions sanitaires historiques du canton.»

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