Après Vaud, Genève connaît son initiative scolaire (Le Temps du 15 janvier). L'Association refaire l'école (ARLE), présidée par François Truan, a décidé mercredi soir de se lancer dans une récolte de signatures pour demander le maintien des notes à l'école primaire. Pour la patronne de l'Instruction publique genevoise, Martine Brunschwig Graf, la démarche est réductrice et ne tient pas compte des objectifs de l'école. Entretien.

Le Temps: Comment accueillez-vous cette initiative?

Martine Brunschwig Graf: Sans surprise. Elle était annoncée depuis la création d'ARLE, dont je regrette au passage que ses responsables n'aient pas voulu s'exprimer à travers les instances professionnelles avec lesquelles nous sommes régulièrement en contact. Cela rend les arbitrages difficiles.

Sur l'initiative elle-même, ce qui me frappe c'est le manque d'approche de fond. Ceux qui l'ont préparée veulent figer l'école en inscrivant dans la loi des choses qu'ils pensent immuables, mais ne s'intéressent pas au fait qu'elle a déjà changé, et ses élèves aussi. Il y a quelque chose de caricatural dans cette approche, au moment où le vrai débat avec ses nuances va avoir lieu au Grand Conseil. La question des notes existe, je ne le nie pas, mais dans un contexte d'objectifs à atteindre, et de mesure de cette atteinte dont l'initiative ne dit rien. Je ne discerne pas si elle admet la rénovation scolaire pourvu que l'information aux élèves et aux parents soit chiffrée, ou si elle veut les notes pour contester la rénovation.

– La question des notes semble d'ordre essentiellement technique. Est-il opportun de demander aux citoyens de la trancher?

– Il n'y a pas de question interdite en démocratie, ni celle-ci ni une autre. Je tiens à le souligner, même si je pense que c'est une mauvaise question. On demande aux citoyens de décider des outils de l'école et non de ses objectifs, alors que le cœur du débat est là. Evidemment il est beaucoup plus simple de se focaliser sur les notes….

– Où en sont les réflexions du département?

– Nous évaluons ce qui se pratique. Il y a une discussion pour savoir s'il faut des chiffres à côté des appréciations. Je n'ai jamais voulu faire des notes la question centrale de la rénovation, mais il faut se rendre compte que la note ne dit pas tout.

– Recevez-vous cette initiative comme une remise en cause de votre politique scolaire?

– La rénovation consiste à organiser l'école en objectifs d'apprentissage, et à soumettre leur atteinte à une évaluation régulière. Oui, il y a une réaction qui traduit des frustrations, mais celles-ci n'ont pas été ignorées. C'est le sens du moratoire que j'ai décidé, et qui doit permettre via le Grand Conseil d'entendre les critiques constructives. Par contre, je crains que la focalisation sur les notes ne fausse tout.

– Qu'attendez-vous du débat qui sera mené au Grand Conseil?

– Je ne vais pas proposer une loi qui ne passe pas et je sais qu'il y a des députés attachés à la clarté des informations chiffrées. Encore une fois, l'important en termes d'apprentissage, ce n'est pas la note certificative, mais ce qui se passe durant l'année. Et c'est à cela que l'initiative ne s'intéresse pas.

– Dans le canton de Vaud, ce sont les libéraux qui se battent pour le retour des notes. Pourquoi la libérale que vous êtes ne leur emboîte-t-elle pas le pas?

– Il y a des libéraux pour et contre les notes, et des socialistes pour et contre les notes. Ça ne doit pas être un débat idéologique. Personnellement, l'utilisation ou non de chiffres m'est égale: l'important c'est ce qu'on mesure. En tant que libérale, je veux une mesure d'objectifs, claire, mais pas une mesure sanction. Les notes n'ont pas empêché l'école genevoise d'être à la traîne dans le comparatif PISA.

– Ne serait-il pas opportun de développer enfin un système romand d'évaluations?

– Absolument. C'est une discussion qu'on va avoir avec Fribourg et Vaud. Quand on prendra des décisions sur le plan d'étude cadre romand, on verra s'il est possible d'y intégrer les évaluations.