Grosse surprise au Conseil fédéral lundi: pas moins de quatre départements ont été redistribués. Les partis bourgeois ont placé un des leurs au DETEC, aux Finances et à l’Economie. Les socialistes doivent se contenter du DFJP. Le PS et l’UDC dénoncent un putsch du centre droit.

Un putsch «prémédité», d’après Le Matin, programmé «en douce» avant ce «jour de récré sous la Coupole», selon les termes de la Tribune de Genève/24 Heures: «Un, deux, trois, c’est toi le roi!» Reste que «le bizutage d’hier est de mauvais augure pour l’esprit de concorde et de modération qu’on prédisait au nouvel équipage gouvernemental. Et surtout, il démontre l’emprise de la politique partisane au sein du Conseil fédéral», que Burki, le dessinateur du journal vaudois, résume par une jolie caricature d’étrennes où, par exemple, Doris Leuthard déballe son train électrique et Eveline Widmer-Schlumpf sa petite caisse enregistreuse.

«Première séance, premiers bris de vaisselle!» s’exclame La Liberté de Fribourg, rebondissant sur la grosse colère piquée par le président du PS, Christian Levrat, contre ses homologues bourgeois. Ce qu’offre ce centre à Eveline Widmer-Schlumpf, l’exclue de l’UDC, «c’est un moment d’épicurisme partagé, un carpe diem enrichi de deux coups jouissifs assenés aux tibias du PS et de l’UDC. C’est si rare…» Epicurisme ou péripétie? En romanche, le journal grison La Quotidiana défend bec et ongles les Finances pour «sa» conseillère fédérale, dont l’avenir demeure bien incertain après les élections de 2011 et qui se livre à un «calcul dangereux», écrit la Basler Zeitung.

Mais sur cette «distribution des portefeuilles, il est curieux d’observer, estime Le Quotidien jurassien, qu’il y aurait de bons et de mauvais départements. Curieux aussi de voir des candidats se déclarer aptes et prêts à prendre n’importe quel département s’ils étaient élus, et ne plus l’être l’élection passée, du moins aux yeux de leurs partis. C’est vrai que les compétences personnelles devraient être déterminantes. Il est donc peu compréhensible de laisser à l’une ou l’autre des deux nouveaux ministres, qui ne sont pas juristes, le seul département qui exigerait plutôt de l’être.»

De quoi laisser dubitative la Neue Zürcher Zeitung, qui sanctionne la rocade, comme en athlétisme, d’«un faux départ» – un terme également utilisé dans le commentaire de la Südostschweiz – et pense aussi que finalement, «six des sept départements sont occupés de manière optimale», sauf le DFJP, par une «non-juriste». Il n’y aurait donc pas de quoi mettre «le feu à la maison», comme le juge le Blick. C’est pourtant un «tremblement de terre», selon les termes des Shaffhauser Nachrichten et du Giornale del popolo, lequel qualifie la manœuvre d’un beau cadeau à celle qu’il nomme «Lady PBD». Ce serait au contraire un petit séisme si l’on en croit le Bieler Tagblatt, qui se contente de se réjouir du sort réservé à Johann Schneider-Ammann.

Le coup de gueule de la présidence socialiste face à cette nouvelle configuration n’est qu’«une tempête dans un verre d’eau» pour le Corriere del Ticino, qui salue la fin du règne interminable du PS à la tête du DETEC: «une bonne chose pour la démocratie» que cette alternance. Et de toute manière, relativise laRegioneTicino, «le fait que les deux partis les plus importants, le PS et l’UDC, aient perdu des responsabilités au Conseil fédéral» ne sera peut-être que «momentané». Il faut attendre de voir ce qui sortira des urnes après les élections fédérales de l’an prochain.