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Opération «Eden», le «plan Maghreb» fribourgeois

La police a ciblé la criminalité nord-africaine. Bilan positif pour cette réponse localeà un phénomène transcantonal

Il fallait oser, la police cantonale fribourgeoise l’a fait. Elle a tiré mardi un bilan positif de son opération «Eden», visant spécifiquement à endiguer la criminalité nord-africaine.

Une opération motivée par un constat très clair: «Plus de 60 personnes originaires d’Afrique du Nord résidant dans les foyers de requérants du canton sont les auteurs d’une hausse de la criminalité constatée à la fin de l’année passée et au début de celle-ci.» Les délits? En majorité, des vols à l’étalage, des vols à la tire ou à l’arraché d’appareils électroniques ou de porte-monnaie, des agressions et, surtout, des vols par effraction dans des habitations ou des véhicules. «A titre d’exemple, il est arrivé qu’une quinzaine de voitures soient «faites» dans la même nuit en ville de Fribourg», assure Jean-Pascal Tercier, chef du commissariat criminel.

Pris dans leur globalité, les chiffres parlent d’eux-mêmes: les vols par effraction dans des véhicules ont augmenté de 410% au premier semestre 2012 par rapport aux premiers semestres 2010 et 2011.

Prudent, Jean-Pascal Tercier met en garde contre toute généralisation: «Tous les requérants originaires d’Afrique du Nord ne sont pas des délinquants.» Reste que «nous avons constaté qu’une partie de ces délits est imputable à cette population», assure la porte-parole de la police, Donatella Del Vecchio. «Les auteurs viennent d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc, poursuit Jean-Pascal Tercier. Le Printemps arabe a facilité leur arrivée. Dans certains pays arabes, les prisons ont été ouvertes et il n’est pas exclu que certains délinquants aient pu émigrer en Suisse.»

L’opération «Eden» s’est déroulée en quatre phases. Une campagne de prévention dès le mois de mars 2011, destinée aux commerçants et aux victimes potentielles, la mise en place d’une première task force entre juin et septembre 2011 – combinant l’action de gendarmes et d’inspecteurs, en civil et en uniforme, pour une présence accrue, des opérations de contrôle, de surveillance et d’enquête, en collaboration avec le Ministère public, les commerçants et les responsables des foyers –, une seconde task force aux mois de mars et avril 2012 et une phase dite de «vigilance accrue», toujours en cours.

La première task force avait abouti à 88 dénonciations en 2011. La seconde a permis 75 interpellations portant sur 66 personnes, donnant lieu à 56 dénonciations.

Essentiellement concentrée sur la ville de Fribourg, l’opération «Eden» «est un succès», promet le chef de la police de sûreté, Florian Walser. «Le nombre de délits a baissé.» Un bémol tout de même: selon la police, l’absence d’accord de réadmission avec l’Algérie ou la Tunisie, ainsi que la pénurie de places de détention «sont un vrai problème».

L’identification explicite d’une soixantaine de fauteurs de troubles originaires d’Afrique du Nord n’est pas sans rappeler les quelque 350 Maghrébins pointés du doigt à Genève, comme responsables de 16% des délits commis ces quatre dernières années. Mais les situations sont différentes: à Genève, ces multirécidivistes sont souvent là depuis plusieurs années, soit bien avant le Printemps arabe.

La mise en place d’un «plan Maghreb» à la genevoise – une aide de 4000 francs pour les délinquants qui acceptent de rentrer au pays pour suivre une formation – n’est donc pas à l’ordre du jour à Fribourg. «L’urgence et l’ampleur du problème ne sont pas les mêmes qu’à Genève, explique le responsable de la communication de la Direction de la sécurité et de la justice, Didier Page. L’augmentation des délits a été assez fulgurante mais l’opération «Eden» a porté ses fruits. Faudra-t-il un jour envisager un «plan Maghreb»? Cette solution a retenu notre attention, mais elle n’est pas formellement sur la table. Il faudrait pour cela que le phénomène s’inscrive dans la durée. Pour nous, la priorité est d’obtenir de la Confédération des accords de réadmission.»

Des accords qui se font toujours attendre. «Nous avons paraphé un accord avec la Tunisie, mais nous attendons une date pour la signature, indique Michael Glauser, porte-parole de l’Office fédéral des migrations. Quant à l’Algérie, c’est plus compliqué. Un accord est déjà signé, il manque encore un protocole.» Selon un proche du dossier, «c’est du côté algérien que ça traîne».

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