Depuis le début de l’année, on assiste à «une bataille de millions», écrit le Blick. Qui explique aussi que la campagne pour un deuxième tube routier au Gothard passe par les vieilles gloires du ski suisse. Au nord, à Andermatt (UR), Bernhard Russi milite pour le «oui». Et au sud, à Minusio (TI), Doris de Agostini œuvre en faveur du «non».

Au nord encore, constatait Le Courrier de Genève à la fin de janvier, «partout», il y avait «des pancartes en dialecte local qui appellent au «non» le 28 février». «Il faut dire que cette partie du canton est le berceau de l’Initiative des Alpes, qui a obtenu lors de la votation populaire de 1994 l’interdiction de toute extension de la capacité des voies transalpines. Le regard cherche donc, sans succès, où se cachent les affiches favorables au second tube, qui fleurissent partout ailleurs en Suisse. Max Keller, professeur d’anglais fraîchement retraité, engagé depuis vingt ans pour l’Initiative des Alpes, rit à gorge déployée face à la question: «On a mis tellement d’affiches, avec les copains, qu’en face, ils ont annoncé qu’ils planteraient des arbres plutôt que d’essayer de faire pareil.»

L’opposition en progression

«L’ambiance semble bon enfant, mais les échanges cordiaux s’arrêtent là et les pressions se font sentir. Des parlementaires cantonaux ont par exemple intimé l’ordre à Hansruedi Stadler, ancien conseiller aux Etats PDC, actuel président de la banque cantonale et opposant au second tube du Gothard, de ne plus s’exprimer sur le sujet. Les militants de l’Initiative des Alpes tiennent toutefois bon dans la campagne.» Et même la majorité des avis encore favorables ne leur fait «pas perdre espoir».

Le front des partisans de la construction du tunnel se lézarderait-il? Un blogueur de L’Hebdo a trouvé dix bonnes raisons pour affirmer que «rien n’est encore acquis» à l’occasion de la votation fédérale du 28 février. Il reconnaissait vendredi dernier que certes, les partisans menaient la danse. Mais «selon la dernière enquête menée par gfs.bern, ceux-ci disposeraient d’un avantage […] de 17 points», avec 56% de «oui» et 39% de «non». «Cependant, écrit-il, il serait précipité de conclure que l’objet soumis au vote populaire passera la rampe avec facilité le 28 février. Bien au contraire, une multitude de raisons laisse à penser que l’opposition devrait encore progresser au cours des prochains jours.»

Lire aussi: «Doris Leuthard, vous savez que le 2e tube routier du Gothard n’est pas vital pour la Suisse!»

Parmi les raisons invoquées de l’incertitude: la mollesse du débat, les coûts, les considérations écologiques, les intérêts régionaux, la probable «mobilisation exceptionnelle de forces plutôt progressives et urbaines» contre l’initiative dite de «mise en œuvre» qui devrait, par rebond, avoir une influence sur l’objet routier également, que 25 maires et près de 100 membres d’exécutifs communaux des grandes villes de Suisse rejettent dans un appel commun.

Enfin, «il est à relever que de nombreux médias se montrent critiques envers le projet. Les comptes rendus se caractérisent par un excédent de en faveur du «non». Le fait que des rédactions de droite, à l’image de la Neue Zürcher Zeitung et de la Tribune de Genève, recommandent à leurs lecteurs de rejeter» l’objet «devrait en faire réfléchir encore plus d’un(e).» Dans sa revue des blogs de lundi, cette dernière évoquait encore «la campagne dégueulasse des partisans»… Et 24 heures parlait récemment de «très onéreuse rénovation».

«Enfer de transit»

Il y a un mois, Jon Pult, coprésident de l’association «NON au 2e tunnel au Gothard» et président de l’Initiative des Alpes, se disait convaincu que le peuple suisse ne voulait «pas d’un enfer de transit» et être prêt «pour la dernière ligne droite», convaincu que «Doris Leuthard jette l’argent par les fenêtres». Elle jouerait même «un double jeu», selon un article de 20 Minuten. Pult surfe notamment sur le fait que la question déchire le Tessin comme rarement auparavant: les partis, les régions et même le gouvernement sont partagés. Mais aussi sur le fait que le tunnel ferroviaire de base sera très bientôt mis en exploitation: grâce à la NLFA, plus de marchandises pourront être transportées à travers les Alpes, ce qui va dans le sens de l’objectif de transfert, contrairement à l’objet soumis en votation, comme l’explique Swissinfo.

Sur son site, La Liberté de Fribourg publie également une opinion éloquente: «Qui n’est pas en faveur de plus de sécurité au tunnel du Gothard? Personne, évidemment!» Mais, argumentant que les tunnels sont devenus les tronçons les plus sûrs des voies routières, «pourquoi alors construire un 2e tube? Ne sabotons pas les investissements gigantesques du nouveau tunnel de base qui sera inauguré en juin. Transférons les marchandises et les camions sur le rail et attendons d’en mesurer l’impact sur le trafic global pour examiner la pertinence d’un 2e tube.»

Une fable grisonne

La Südostschweiz donne enfin la parole à Christian Stricker, le président des Vert’libéraux grisons, qui dans une fable intitulée «Le Gothard et la mer», écrit qu'«en raison du changement climatique, le niveau de la mer monte et se rapproche donc de nous. Avec le tunnel supplémentaire sous le Gothard, nous allons bientôt être encore plus proches d’elle. Mais plus de routes signifie plus de trafic, ce qui renforce le changement climatique. L’été arrive bientôt, alors que c’est encore l’hiver, même si le printemps est là en février.» Voilà, selon lui, «le terrain de la réalité»… et une bonne raison de voter «non».