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énergie

Les opposants aux éoliennes, de la dispersion à la force de frappe

Comment s’organisent et se forment les adversaires des turbines

Les opposants, de la dispersion à la force de frappe

Cela commence souvent par une motivation très personnelle. Comme chez Fabienne Chapuis, qui, après une carrière d’avocate en France, comptait passer sa retraite au calme dans le Val-de-Travers. Après s’être engagée contre le projet de la Montagne de Buttes, elle vient de prendre la présidence suisse de Paysage-Libre, la faîtière des opposants aux éoliennes. Pas dans mon jardin? «Cela arrange bien les promoteurs de nous faire passer pour des égoïstes, mais mon opposition a passé du niveau individuel à la contestation totale, se justifie la Neuchâteloise, qui représente la Suisse dans la Plateforme européenne contre l’éolien industriel. Nous avons de nombreux arguments.»

Les dégâts au paysage et à la faune, les risques sanitaires des infrasons ou l’effet stroboscopique, tout ça pour une production limitée dépendant d’une technologie étrangère: le catalogue offre l’embarras du choix pour les militants soucieux d’élargir leur argumentation. Coachés ou non par des ingénieurs acquis à la cause, certains sont devenus de redoutables bretteurs, d’infatigables traqueurs de déficiences dans les dossiers. Il n’est guère de nouveau projet mis à l’enquête contre lequel ne soit dégainée l’expérience accumulée lors de précédents cas.

«Le phénomène est très intéressant, car ces réactions individuelles et parfois émotionnelles ont débouché sur un mouvement informé et sérieux», estime Philippe Roch, l’ancien secrétaire d’Etat à l’environnement, dont un ouvrage sur les «moulins à vent» a aussi contribué à fédérer l’opposition.

Car les comités locaux se sont constitués en réseau. Le long du Jura, alors que les planifications cantonales s’ignoraient l’une l’autre, les contestataires ont été les premiers à apporter une vision d’ensemble. Une quinzaine d’organisations se sont réunies en 2012 sous le label Paysage-Libre. La mise en commun du discours militant et des informations puisées dans la littérature internationale a indéniablement renforcé la force de frappe (ou la capacité de nuisance selon le point de vue) du mouvement. Celui-ci bénéficie aussi du soutien plus ou moins entier selon les cas des grandes organisations de défense de la nature, des oiseaux ou du paysage.

Revers neuchâtelois

Tout n’est pas linéaire dans ce renforcement. Les opposants neuchâtelois étaient à l’avant-garde quand ils ont publié une carte interactive des projets éoliens suisses, qui fait encore référence. Mais ils ont subi un coup d’assommoir en avril 2014 avec le refus populaire de l’initiative sur la protection des crêtes du Jura, une démarche dont l’opportunité ne faisait pas l’unanimité au sein même des adversaires.

Actuellement, c’est la branche vaudoise de Paysage-Libre qui est en première position, portée par les projets à fort impact paysager que le canton soutient sur le contrefort du Jura.

Jean-Marc Blanc, un consultant en stratégie d’entreprise installé dans le Gros-de-Vaud, consacre bénévolement 25% de son temps à ce combat. En trois ans, il a fait passer le nombre d’associations membres de cinq à onze. Il a aussi suscité la mobilisation d’adversaires français contre le projet de la vallée de Joux. «Ils sont crocheurs, ils cherchent des têtes de pont et ils profitent de la lenteur des procédures», constate Alain Bourqui, directeur de la Société d’électricité de la vallée de Joux.

Quelle alternative? A la question, les opposants ont leur parade. «Ce qui nous réunit, c’est notre opposition aux éoliennes pour diverses raisons, explique la Valaisanne Florence Lattion, qui mène la bataille dans le coude du Rhône. Mais comment définir une stratégie énergétique commune avec des membres qui sont de gauche comme de droite, des pro comme des antinucléaires?»

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