Le Conseil des Etats n'a pas pu se résoudre, mardi, à refuser d'entrer en matière sur la ratification des protocoles additionnels de la Convention alpine, comme le recommandait presque à l'unanimité sa commission. Il a renvoyé l'objet à ladite commission avec le mandat d'examiner la possibilité d'adopter individuellement tout ou partie des huit protocoles, inégalement contestés. Il s'en est fallu de peu, 20 voix contre 18, au terme d'un débat très émotionnel marqué par une lecture très négative de ces textes, en particulier par le radical zougois Rolf Schweiger, ainsi que les démocrates-chrétiens appenzellois et valaisan Carlo Schmid et Simon Epiney. C'est peut-être même pour avoir un peu trop forcé le trait que les adversaires de ces protocoles ne sont pas parvenus à les enterrer, comme ils le prévoyaient.

Rejet en bloc

Les populations locales, ont-ils assuré, vont perdre toute autonomie en matière d'aménagement du territoire, de transports, de règlements de construction, d'agriculture ou de gestion du loup, on va paralyser les activités économiques comme les projets d'utilité publique. On veut bâillonner l'arc alpin dont la désertification est programmée et les juges étrangers vont régner sur nos vallées, reproche Simon Epiney. Le Valaisan dénonce encore la complicité des technocrates suisses intégristes du développement durable, qui ont tenté d'imposer la dictature de la nature sauvage sur l'arc alpin. «La Convention des Alpes ne sert à rien, je veux rester libre», s'exclame pour sa part Carlo Schmid.

Cette émotion est démesurée, relève le socialiste jurassien Pierre-Alain Gentil. J'aimerais bien voir economiesuisse, l'un des plus ardents démolisseurs du projet, mettre autant d'énergie à promouvoir une véritable politique régionale, commente Dick Marty. Pour le radical tessinois, la proposition de refuser en bloc ces protocoles traduit une position idéologique et démagogique et l'adopter constituerait une décision irréparable. Le radical argovien Thomas Pfisterer renverse l'argumentation: ces protocoles sont un moyen de faire partager aux autres pays alpins nos perspectives en matière de protection des Alpes et de les lier à nos propres standards. Cette démonstration est reprise par Moritz Leuenberger, qui assure encore qu'il ne compte pas sur des conventions internationales pour faire échec à des propositions telles qu'un deuxième tunnel routier au Gothard.