Turquie

Les opposants d’Erdogan en Suisse Romande s’organisent

Une semaine avant l’ouverture des urnes, les adversaires les plus visibles du président turc mobilisent l’électorat de Suisse

Une semaine avant l’ouverture des urnes, les adversaires les plus visibles du président turc Erdogan mobilisent l’électorat en Suisse. L’opposition est constituée surtout par des groupes kurdes, souvent de tendance politique de gauche. Des représentants des associations de Kurdes et d'Alévis ont lancé mardi à Lausanne un «appel de la diaspora» à voter Non.

Plus de 130 000 personnes d’origine turque vivent aujourd’hui en Suisse, dont environ 15 000 en Suisse Romande. A partir du lundi 27 mars jusqu’au dimanche 9 avril, 94 000 ressortissants turcs pourront voter sur le référendum du 16 avril sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan. Pour ce faire, ils doivent se rendre à l’ambassade à Berne ou à l’un des deux consulats généraux de Genève et Zurich.

«Ce référendum se déroule sous des conditions difficiles», dit Ihsan Kurt, socialiste vaudois d’origine Kurde et membre de la plateforme Suisse pour le Non. Selon ses informations, les urnes dans les représentations diplomatiques turques seront «clairement dans les mains de l’AKP», le parti au pouvoir.

De simples observateurs 

Jusqu’il y a peu, l’usage voulait que des observateurs et des scrutateurs de différents partis politiques organisent ensemble le bon déroulement des votations. «Aujourd’hui, nous ne pouvons plus participer au dépouillement et sommes relégués au statut d’observateurs» regret Ihsan Kurt. La possibilité de voter au sein des représentations diplomatiques existe depuis peu de temps. «Il y a encore quatre ans, les partis islamistes organisaient des vols pour Istanbul, pour ue les citoyens puissent voter au pays.»

Les représentants Kurdes critiquent une «hyper-présidence» d’Erdogan qui essaie de décrédibiliser l’opposition par tous les moyens. Le parti républicain du peuple, constitué en 1923 par le père fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, est l’allié de fait des Kurdes pour le scrutin du 16 avril. Même si les deux formations n’ont pas beaucoup en commun en temps normal. «Au sein de la diaspora, un dialogue entre les responsables des différentes formations politiques existe. Mais il n’y a pas de vraie collaboration», précise Ihsan Kurt.

Des révélations sur un possible espionnage par la Turquie de ressortissants critiques envers Erdogan à l’Université de Zurich ont également alerté la diaspora en Suisse Romande. Selon les représentants de la plateforme Suisse pour le Non, ce sont surtout les mosquées turques qui sont les cibles préférées des mouchards. Ce sont également les liens avec le pays d’origine qui peuvent compliquer la vie de Turques en Suisse. Comme le montre le cas d’une étudiante vaudoise issue de la deuxième génération de Turcs en Suisse qui, voulant se rendre à l’Université francophone de Galatasaray, s'est fait arrêter par les autorités turques à l’aéroport.

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