La contestation prend de l’ampleur

Depuis plusieurs années, la gauche de la gauche n’a jamais cessé de s’opposer à l’extension du Musée d’art et d’histoire. Une aversion tout d’abord guidée par une allergie historique à l’apport de fonds privés dans un musée en mains publiques – on rappellera l’hostilité de leur magistrat Rémy Pagani, dans un premier temps, au financement d’un pont sur l’Arve par la Fondation Wilsdorf. Mais également une méfiance épidermique envers la personnalité qu’est Jean Claude Gandur, «cet homme d’affaires qui a fait fortune dans le pétrole». A ces éléments, il faut ajouter la proximité charnelle des élus d’Ensemble à gauche avec les associations de défense du patrimoine. Christian Grobet, l’un des leurs, est également membre du comité d’Action Patrimoine Vivant, où il siège avec Erica Deuber-Ziegler, historienne de l’art et épouse de Jean Ziegler, auteur d’un ouvrage critique envers Jean Claude Gandur.

Régisseurs et universitaires

Opposante historique au projet Nouvel, l’extrême gauche genevoise a vu sa relative solitude se briser. Les Verts puis l’UDC ont rejoint les rangs de la contestation. Les deux partis partagent, peu ou prou, les mêmes arguments: atteinte architecturale au patrimoine et investissements jugés trop lourds pour la municipalité.

En marge de ces oppositions politiques est apparue une nouvelle forme de contestation, celle de personnalités situées plutôt à droite sur l’échiquier politique ou d’individus disposant d’un profil universitaire. Dans un entretien accordé mardi au Temps, le promoteur-régisseur et collectionneur d’art Thierry Barbier-Mueller prenait publiquement la parole pour dire son opposition au projet d’extension. On dénombre d’autres opposants, réputés pour n’être pas d’horribles gauchistes, comme l’avocat Olivier Wasmer, le rédacteur en chef de Tout Immobilier, Thierry Oppikofer, et l’éditorialiste Pascal Décaillet.

Sur les réseaux sociaux, Leïla el-Wakil, professeur au Département d’histoire de l’art de l’Université de Genève, ne cache pas non plus son aversion pour le projet Nouvel. Elle entraîne dans son sillage des personnalités plus discrètes comme l’historienne de l’art Nathalie Rilliet, membre de la Fondation des archives de la famille Pictet. Signe qu’une partie de la «Vieille Genève» rejette le projet, malgré les efforts de séduction de Jean Claude Gandur à son endroit.