Analyse

Les opposants au Gothard n'avaient pas de plan B solide

En faveur du deuxième tunnel routier, l'argument de la sécurité a certainement joué un grand rôle. De même que la faiblesse des contre-propositions

On construira un nouveau trou sous le massif du Saint-Gothard. A 13 heures déjà, le politologue Claude Longchamp, directeur de l'institut de sondages gfs.bern, n'avait plus de doute à ce sujet, ce qui constitue une surprise au regard de la campagne musclée menée par les opposants.

Ils n'ont pas réussi à convaincre. Ils auront pourtant tout tenté, quitte, parfois, à avancer des arguments qui n'avaient pas grand-chose à voir avec la problématique de l'assainissement de la galerie routière ouverte en 1980. On pense en particulier aux études publiées sur les problèmes pulmonaires au sud du Tessin, dont l'accroissement est difficile à attribuer au trafic nord-sud transitant par le Gothard, qui est en diminution depuis plusieurs années.

On pense aussi à l'affirmation des opposants disant que, comme le Tessin voterait non, la solidarité envers ce canton exigeait que l'on glisse un non dans les urnes. Or, ce qui n'était rien de plus qu'un scénario, ne se vérifie pas.

Lire aussi: Le Tessin se déchire autour du Gothard

L'idée de quais volumineux n'était pas acquise

En revanche, on les aura peu entendus sur les solutions de rechange, dont ils connaissent la fragilité. La construction de volumineux quais de chargement des camions dans les vallées d'Uri et de la Léventine était loin d'être acquise. En cas de non, il aurait fallu de longues négociations avec les riverains pour bâtir des installations temporaires. Quant à l'idée de charger les camions sur le train entre Bâle et Chiasso, ce n'est pour l'instant qu'un lointain espoir.

Le oui s'explique aussi par l'argument de la sécurité. Les opposants ont tout entrepris pour convaincre que l'on pouvait résoudre ce problème par d'autres mesures que la séparation des courants de trafic. Ils n'ont pas convaincu non plus. Ils n'ont pas davantage convaincu une majorité de la population, surtout alémanique, que la construction de deux tunnels à une seule voie de circulation ferait tomber une avalanche de poids lourds sur les Alpes.

Le dimanche d'un Genferseegraben

On supposait à juste titre que ce scrutin diviserait les régions linguistiques. Toutefois, à défaut d'un Roestigraben, on assiste tout au plus à un Genferseegraben, la frontière entre le oui et le non se situant au niveau du lac Léman. Genève et Vaud disent non, mais pas les autres cantons romands. La crainte de concurrence avec d'autres projets jugés prioritaires a clairement influencé le vote lémanique. Il appartient à Doris Leuthard de rassurer cette région du pays.

Lire notre suivi en direct de ce dimanche de votations.

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