«L'école fédérale», le slogan surplombe une Suisse ligotée par le haut. L'opposition de droite à l'harmonisation scolaire ouvre sa campagne en fustigeant un paquet «inutile et nuisible». Les textes en votation le 21 mai contraindraient les cantons à unifier l'âge d'entrée, la durée et les objectifs de la scolarité obligatoire.

Rassemblant des personnalités en leur nom propre, le groupe d'opposition «à l'espace éducatif suisse unifié» illustre d'abord les divisions de l'UDC. Alors que le comité du parti national a pris position pour les articles, par 32 voix contre 26, des sections cantonales divergent. Celles du Valais romand, du Tessin, d'Argovie et de Zurich militent pour le refus. Le comité d'opposants compte d'ailleurs les conseiller nationaux Ulrich Schlüer (ZH) et Oskar Freysinger (VS), aux côtés de fédéralistes tels qu'Olivier Delacrétaz, président de la Ligue vaudoise, et Christophe Reymond, du Centre patronal vaudois.

Certains arguments des sceptiques de droite rejoignent ceux de l'extrême gauche. Les projets scolaires sont concoctés par une «bureaucratie harmonisatrice», dit Ulrich Schlüer. La Conférence des directeurs de l'instruction publique, qui dirige les travaux, n'est composée que de membres d'exécutifs et «n'a aucune légitimité démocratique». Les organes communs aux cantons et à la Confédération, prévus pour l'application des articles, formeraient «un échelon hybride, en marge, échappant au contrôle et à la sanction populaire», insiste Olivier Delacrétaz.

«Premier cercle de l'enfer»

Président d'une association argovienne, le Schulforum Schweiz, Bruno Nüsperli dénonce une mécanique par laquelle les décisions «seraient prises par Berne ou sous la pression des grands cantons». En outre, ces projets conduisent à une ouverture du marché de la formation aux «influences extérieures», l'Union européenne, l'économie, et pourraient même préfigurer «une privatisation à l'américaine».

Oskar Freysinger avance sur un terrain proche: se targuant de ses vingt années d'enseignement, il fustige «les pédagogues qui ont réformé l'école à mort». Des systèmes scolaires bien cotés - le valaisan, par exemple - glisseraient ainsi vers la médiocrité: «Le 21 mai n'est que le premier cercle de l'enfer pédagogique.»

Sans surprise, la ligne de rupture avec la gauche dure se situe au niveau du fédéralisme. Alors que les popistes plébisciteraient une éducation nationale, les opposants de droite redoutent un «nivellement imposé par le haut». Selon l'avocat genevois Alain Marti, la prise de pouvoir de la Confédération sur la maturité fournit l'exemple: «On a dévalué la maturité pour la rendre compatible avec un système de grande médiocrité à l'échelle européenne.» Christophe Reymond ajoute le cas de l'apprentissage, dont les règles deviennent de plus en plus complexes par la faute des «pédagogues de Berne».

Enfin, les opposants battent en brèche l'argument de la mobilité des familles. Les Suisses se montrent toujours plus pendulaires, et déménagent donc moins d'un canton à l'autre. La migration a même baissé depuis 1970, et ne concernerait que 1,5% de la population, ou un élève par année pour trois classes.