Cette fois-ci, on est entré dans le vif du sujet. La campagne en vue de la votation du 24 septembre sur le plafonnement à 18% de la population étrangère en Suisse a été ouverte mercredi par le comité «Contre l'initiative anti-étrangers». Les partisans du texte, issus de la droite dure, prendront eux la parole le 14 août, suivis quatre jours plus tard par la conseillère fédérale Ruth Metzler, épaulée par Pascal Couchepin. Les milieux économiques, intéressés au premier chef au rejet du texte, présenteront leurs arguments le 22 août. Les grands débats télévisés sont eux programmés en septembre.

La campagne devrait revêtir une importance considérable sur l'issue du scrutin car les sondages réalisés jusqu'ici annoncent un résultat particulièrement serré. Les milieux économiques ne s'y sont pas trompés. Ces derniers «ont mis à notre disposition des moyens substantiels», admet-on au PDC, chef de file d'une campagne d'opposition qui a recueilli le soutien de 186 parlementaires fédéraux.

Poids lourd

L'envoi au front de Vreni Spoerry, poids lourd de la politique fédérale et porte-flambeau des milieux économiques zurichois, n'est pas un hasard non plus. La conseillère aux Etats zurichoise ne s'est pas fait faute jeudi, lors de la conférence de presse organisée à Berne, d'insister sur les problèmes difficilement surmontables que provoquerait une réduction de la population étrangère en Suisse (19,3% actuellement). L'initiative ne ferait qu'exacerber le risque d'assèchement du marché du travail induit par l'évolution démographique défavorable que l'on connaît en raison du faible taux de natalité recensé en Suisse. Rappelant qu'une bonne partie de l'immigration étrangère est automatique – en raison notamment du droit au regroupement familial –, Vreni Spoerry a souligné que la fixation d'un quota à 18% conduirait à une impossibilité de facto d'importer de nouvelles forces de travail qualifiées extérieures à l'Union européenne (UE), dont la Suisse a cruellement besoin.

«Autogoal» pour l'économie, l'initiative constituerait de surcroît un «boomerang» pour l'image de la Suisse à l'étranger en cas d'acceptation. Elle contredirait le «sens et l'esprit» du principe de la libre circulation des personnes avec l'UE que le peuple suisse vient d'accepter massivement en votation le 21 mai. Nul ne sait comment réagiraient les pays de l'Union en cas de oui, mais l'on peut s'attendre au pire. Le processus de ratification des accords bilatéraux pourrait s'en trouver encore retardé davantage. Vreni Spoerry a admis ne pas avoir eu d'échos concrets en ce sens jusqu'ici de la part de l'un ou l'autre pays mais elle a renvoyé au précédent de l'initiative des Alpes. L'acceptation de ce texte qui posait des problèmes d'eurocompatibilité en 1994 avait provoqué un coup d'arrêt dans les négociations bilatérales entre la Suisse et l'UE le temps que la situation se décante.

Absence remarquée

Si, pour Vreni Spoerry, l'initiative constitue une «mauvaise réponse à des peurs compréhensibles», on trouve aussi dans le comité d'opposition à l'initiative des personnalités qui, à l'instar du démocrate-chrétien valaisan Jean-Michel Cina, pensent que l'idée même de «quotas d'étrangers fait frémir». Cette argumentation antixénophobe a été développée par la socialiste zurichoise Vreni Hubmann. Rappelant la contribution déterminante au bien-être de la Suisse des vagues successives d'immigration au cours des siècles («Suchard était un huguenot»), la conseillère nationale a souligné que le taux d'étrangers élevé en Suisse en comparaison européenne était lié avant tout à sa politique de naturalisation restrictive. Un étranger n'a la possibilité de demander le passeport à croix blanche qu'après douze ans en Suisse. La procédure de naturalisation est elle-même complexe, longue et de surcroît onéreuse. Si la Suisse alignait sa pratique sur celle des pays voisins, le taux d'étrangers tomberait à 8%, a affirmé Vreni Hubmann. La Zurichoise a encore appelé de ses vœux une véritable coordination fédérale des mesures d'intégration, réclamant entre autres le développement des cours de langue pour étrangers et des programmes de lutte dans les villes contre la «ghettoïsation» de certains quartiers.

Absence remarquée de la conférence de presse de jeudi, celle de l'UDC, dont une petite vingtaine de députés fédéraux – issus de l'aile libérale comme de l'aile blochérienne – figurent pourtant dans le comité «Contre l'initiative anti-étrangers». Cette retenue s'explique par le fait que la base, que l'on sait très divisée, ne prononcera son mot d'ordre que le 19 août à Genève.