Ils ont donné rendez-vous à la presse sur «les lieux du crime». A Bellerive. A l'endroit exact où le futur Musée des beaux-arts doit être érigé si le peuple vaudois l'accepte le 30 novembre. Ils ont choisi une semaine stratégique; le site est actuellement entièrement occupé par les caravanes du cirque Knie. C'est la «preuve» que le terrain est utile et que construire le musée ici «priverait» le Luna Park et les cirques «des conditions nécessaires à leurs activités». Silencieux depuis la rentrée, alors que les partisans du Musée cantonal des beaux-arts ont donné le coup d'envoi de leur campagne il y a un mois déjà (LT du 13.09.2008), les opposants de la «verrue» sont officiellement entrés dans l'arène hier matin.

Presse en ligne de mire

A leur manière, ils font revivre le mythe de David contre Goliath. Ils sont les «miliciens» sans moyens. On y trouve pêle-mêle des représentants de l'environnement, les forains, des politiciens de gauche et de droite, des défenseurs du patrimoine bâti. En face, il y a le gouvernement vaudois in corpore, de nombreux municipaux et la majorité des milieux culturels et économiques. En face, il y a «une débauche de moyens», s'insurge l'écologiste lausannois Pierre Santschi, qui affirme que leur budget ne représente «que le 2% de celui du camp du oui». Soit 5000 francs contre plus de 200000 francs. Les espoirs se tournent encore vers l'écologiste Franz Weber, qui pourrait financer un tous-ménages cantonal. Mais c'est tout.

Ils fustigent la presse qui est trop favorable à leurs yeux au projet de musée. «Il y a une impression de démesure dans la campagne officielle», dit à son tour le député d'Ecologie libérale Jacques-André Haury, qui parle de «prise d'otages» de certaines professions, comme les architectes, qui n'oseraient pas s'élever contre le musée par peur d'éventuelles «rétorsions» et de «pressions sur certaines municipalités». Pour pallier leurs faibles moyens, les opposants au musée multiplient ainsi les phrases chocs. Leurs adversaires sont des «bunkeristes» qui «violent» la loi. Ils crient au «mensonge» et à la «désinformation». Voilà pour l'ambiance.

Sur le fond, les arguments n'ont pas changé. «Nous tenons notre ligne», dit Pierre Santschi. Le projet est jugé illégal car dérogeant à plusieurs reprises à la législation protégeant les rives du lac. «Lorsque la conseillère d'Etat Anne-Catherine Lyon affirme le 12 septembre dernier à la TSR qu'une décision du Tribunal administratif a confirmé le plan d'affectation cantonal, c'est une affirmation mensongère. Le tribunal n'a fait que refuser aux recourants la qualité pour agir en justice, sans se prononcer sur le fond», s'emporte Jacques-André Haury. Et les opposants de glisser dans le dossier de presse la définition du mensonge, selon Le Robert.

Le talon d'Achille

Au-delà des aspects légaux, les opposants tirent avant tout sur le talon d'Achille des partisans du musée: l'image. Alors qu'il a fallu s'y prendre à plusieurs reprises du côté des supporters du musée pour présenter finalement des images définitives et jugées acceptables du projet, les opposants n'ont eu de cesse de crier au «massacre» des rives et du paysage en dénonçant le volume «démesuré» du futur bâtiment, et son aspect «gris et bétonné». «Si les partisans du musée sont aussi fiers de leur béton, alors qu'ils le montrent», tonne la coordinatrice de la campagne, la députée d'Ecologie libérale Isabelle Chevalley. Elle fait référence à l'affiche appelant à voter oui le 30 novembre, qui met l'accent sur le contenu futur du musée et non sur le bâtiment décrié par ses adversaires.

Tous pour Rumine

Si la coalition hétéroclite des détracteurs du musée se réunit autour d'un mille-feuille d'arguments divers pour voter contre le projet, tous se retrouvent derrière la solution de rechange qu'ils préconisent en cas de refus par le peuple: le Palais de Rumine. «Nous ne sommes pas contre le musée mais contre son implantation au bord du lac», rappelle Isabelle Chevalley. L'avenir du Musée des beaux-arts est à Rumine, au centre-ville, martèlent les référendaires, qui rêvent d'une Riponne revitalisée par un nouveau Musée des beaux-arts qui aurait pris ses aises là où il se trouve actuellement.

- Lundi soir, les comités des sections lausannoises des partis radical et libéral ont voté en faveur du Musée des beaux-arts. Si les radicaux ont largement soutenu le projet, les libéraux se sont montrés partagés, le oui ne l'emportant que pour deux voix.