«On ouvre la voie à une spirale infernale qui tirera les loyers vers le haut», lance le conseiller national Rudolf Strahm (PS/BE), qui préside la fédération alémanique de l'Asloca. Celui-ci ne conteste pas la nécessité de changer le système, ce que l'association des locataires avait proposé avec son initiative «Pour des loyers loyaux», balayée par 67,3% des votants en mai 2003.

Mais le nouveau droit est «pire que la situation actuelle», insiste sa collègue Valérie Garbani (PS/NE), secrétaire de l'Asloca romande. L'indexation par les Chambres des loyers à 100% de l'inflation, chaque année, a eu valeur de casus belli. Elle conduira à une hausse continue des prix – «comme dans l'assurance maladie», bombarde la Neuchâteloise – que les locataires, qui consacrent déjà entre un quart et un tiers de leur budget à leur logement, ne pourront contester. Comme les loyers pèsent (à hauteur de 22%) sur l'indice des prix, ces augmentations gonfleront celui-ci, et ainsi de suite: c'est la «spirale». Les opposants rappellent que le Conseil fédéral l'avait admis, en plaidant pour une indexation à hauteur de 80%.

Présidente de l'Avivo Lausanne, Christiane Jaquet Berger estime que les retraités seront spécialement exposés. Nombre d'entre eux occupent depuis longtemps des logements anciens, dont les prix pourraient grimper plus vite que les neufs, déjà chers. Les barèmes comparatifs (lire ci-dessus) fourniront en effet des prix acceptables aux yeux des bailleurs pour toutes les catégories de logements. Victimes d'un «chantage des congés», les locataires devront accepter ou partir, redoute la Lausannoise.

Les opposants tendent en outre la main aux PME, qui n'auraient «pas compris les conséquences» du nouveau régime, selon le président de l'Asloca Michel Bise. Les entreprises de plus de 20 employés ou 2,5 millions de chiffre d'affaires ne seront pas incluses dans les dispositions et ne pourront donc plus contester des hausses de loyer. «Dans ces conditions, plus personne n'aura intérêt à signer des baux de longue durée, qui sont pourtant prisés par nombre de PME ou de commerces», plaide Michel Bise. Celui-ci espère que, «cette fois-ci», la majorité de locataires que compte le pays ne désavouera pas son association.