Ceux que les vertus de la collégialité laissent sceptiques y trouveront peut-être un argument de plus à opposer au principe de fonctionnement du gouvernement suisse. Alors qu'il n'était que conseiller national PDC, l'actuel chef des Affaires étrangères (DFAE) Joseph Deiss s'était engagé pour l'initiative contre la procréation médicalement assistée, initiative sur laquelle les Suisses voteront le 12 mars prochain. Le nom du conseiller fédéral figure dans une liste des membres du comité de soutien à l'initiative datant de mars 1998.

Or, même si le Conseil fédéral ne prendra officiellement position que vendredi, il y a fort à parier qu'il se prononcera contre le projet des opposants à la procréation médicalement assistée. L'obligation pour les membres du gouvernement de soutenir la décision commune a placé Joseph Deiss en mauvaise posture. Le ministre a donc adressé en décembre une lettre au comité d'initiative: «Il a fait savoir aux initiants que sa position au sein du gouvernement l'obligeait à prendre ses distances avec eux pour des questions de collégialité», explique le chef de l'information du DFAE Ruedi Christen.

Les opposants à l'initiative se réjouissent de ce revirement: «Naturellement, j'aurais préféré qu'il parte convaincu que le projet de loi que nous défendons est la meilleure solution, explique Christine Keim de l'association «Azote liquide», elle-même membre du comité des opposants à l'initiative. Mais il était choquant que le nom d'une telle personnalité figure dans la liste des soutiens. Au moins il n'y est plus.»

Du côté des initiants délaissés, la prudence est de mise: «On ne peut faire aucun reproche à Joseph Deiss. On peut tout juste regretter que le système soit ce qu'il est», dit l'un d'entre eux. Et la démocrate-chrétienne genevoise Marie-Laure Beck renchérit: «Je comprends sa décision. Et même s'il ne porte pas le projet, je sais qu'il a toujours été favorable au respect de la vie.»

Sans être très confiante sur l'issue que connaîtra le projet contre la procréation assistée, la Genevoise attend de son parti qu'il prenne clairement position pour l'initiative. Les délégués du PDC doivent se réunir samedi en assemblée pour décider du point de vue qu'ils défendront et Joseph Deiss sera de la partie. A en croire la coordinatrice du PDC pour la Suisse romande Yvette Ming, Marie-Laure Beck pourrait être déçue: «Il y a des divergences au sein du PDC. A ce stade, il semble que le parti s'opposera, à une courte majorité, à l'interdiction de la procréation assistée.» Et même si ça n'est pas le cas, le parti n'a pas l'intention de relancer le débat sur les limites de la collégialité.